Après cela, il n'y a plus qu'à arrêter et attendre de mûrir un peu... à moins de sontinuer à se perdre en enfantillage.
Elle a écrit :
"Quant aux histoires de blogs, je tiens encore à jour un petit article misérable du point de vue de son importance, de sa valeur et de sa nécessité, mais que justement je peux ne pas abandonner: les choses futiles dont on est pleinement détaché ne sont pas dangereuses; ce sont les choses sérieuses mais faussement essentielles, qui ont perdu tout leur sens, qu'il faut abandonner sans un regard en arrière: continuer à raconter mes états d'âme déguisés vis à vis de la prépa, etc. , serait comme une trahison envers ce que je suis devenue. Tandis que mettre à jour les petites phrases des profs (l'article que je continue à nourrir, donc) ne m'engage en rien, car il est tout entier détaché de moi; ce qui n'est pas le cas de sujets plus intimes (que je veux maintenant garder pour moi même, et qui par ailleurs n'ont absolument rien à voir avec le contexte scolaire ou autre; je suis mon propre contexte, dorénavant; autrement dit, le contexte est devenu vaporeux et inessentiel, la seule chose qui compte est le texte que je suis). Bref.
Et je ne suis pas retournée sur ton blog depuis la dernière fois. Je ne sais pas si tu continues à écrire (peut être viendrai-je dans quelques temps), mais je suis un peu méfiante; autant j'avais été heureuse de te lire, autant là, je suis très mitigée vis à vis de cela. Je ne sais pas, de telles choses s'enlaidissent à être ainsi vulgarisées, rendues publiques. Elles ne peuvent se murmurer qu'à l'oreille, ou s'hurler au beau milieu d'un lac déchaîné, ou d'une foule indifférente. Mais pas ainsi, à la merci de tous les badeaux qui passent et trépassent sur ta page.
Et puis j'en garde maintenant un souvenir un peu terne, et puis surtout l'impression que j'avais eue (mais qui ne m'avait pas dérangée) s'est un peu exacerbée: ton écriture impersonnelle, impersonnelle parce que trop inspirée par ta Muse. Elle en perd sa singularité, le même rythme revient, rythme qu'on connaît trop, rythme qui n'est pas toi. Je ne sais pas, le contraste entre l'écriture d'un autre et tes sensations propres me gêne un peu (et révèle bien autre chose qu'une simple affaire de style: que tu ne t'es pas pleinement trouvé, que tu ne te suffis pas encore, que tu as besoin d'amarres).
Ensuite, autant tes périples m'avaient enchantée, autant je rayonnais de ta liberté pleine, autant je me disais: mais il vit ! il vit ! autant aujourd'hui je me dis qu'il ne suffit pas d'errer par delà monts et vaux pour vivre. La vie ne dépend pas du contexte. La liberté non plus. Même si les conditions sont évidemment essentielles: évidemment, la khâgne m'enchaîne, évidemment je ne puis dire qu'elle est indifférente à la façon dont je vis. Mais elle n'est pas pour autant déterminante, tous comme tes voyages fous dont j'enviais la beauté me paraissent moins chargés de sens.
J'espère que tu vas bien, que tu es beau,
Je t'embrasse, à bientôt,
Clotilde"
Ce à quoi je me suis vu répondre :
"A te lire, il semblerait que tu aies entretenue la flamme intérieur de l’au-delà-de-soi, que tu aies fait quelque chose de la révélation qui t’as été donnée, c’est à dire l’entretenir, méditer, … Ce n’est pas mon cas et c’est aussi pour cela que je m’échine contre moi-même. Mais j’y reviendrai.
« ce sont les choses sérieuses mais faussement essentielles, qui ont perdu tout leur sens, qu'il faut abandonner sans un regard en arrière »
C’est là ce que ne peut ma fierté encore féconde. Du moins pas maintenant : écrire reste pour moi comme un « en attendant ». Mais j’avais pris un jour la résolution de ne plus me torturer. C’était en avril ou mai dernier, après une montée fulgurante vers les sommets de l’amour universel (appelons le comme ça) mais qui n’avait pas été jusqu’au renversement de soi, bref, j’avais arrêté toute écriture, toute souillure de mon âme, bien conscient que nommer les choses les séparait en deux : soit on les vit, soit on les nomme, mais les deux ensembles ne sont pas compatibles, et surtout dans les états élevés de l’âme (enfin disons que ça porte plus à conséquence puisque l’attention de et à soi est détournée…). Le texte s’appelle « Chute. ». Et c’est là que je me remis à écrire, que je me remis à m’étaler, conscient pourtant que c’était là violence que je me faisais à moi-même...
Mais je ne sais pas. En même temps, il faudra bien un jour que je fasse quelque chose de cette écriture, écrire pour de vrai, un livre, une pièce, quelque chose mais bon : tout n’est donc pas à jeter en l’air. Mais pour un temps un jour, il le faudra, c’est certain. Quelle âme retorde que la mienne. Mais vois-tu, je ne suis pas encore assez fatigué de moi-même, il faut croire.
Tu as donc bien raison d’être méfiante, et le jugement que tu portes à mon encontre me fait penser à ce moment de « Ainsi parlait Zarathoustra » où il rencontre le magicien, figure dans laquelle je me reconnais bien, trop bien peut-être, à cette différence que je ne désespère pas de trouver un jour ma félicité (je te le met à la fin de ce mail si ça t’intéresse…). C’est un jugement dur mais vrai, et ô combien..
Par contre, je ne sais pas si de telles choses s’enlaidissent à être ainsi vulgarisées comme tu dis : ce qui est certain, c’est que le fait d’une part de les écrire, et d’autre part d’avoir la volonté de les communiquer par ce biais, est sale, me salit. Mais gageons que cela est utile au lecteur non averti : si seulement cela pouvait faire comprendre quelque chose à celui qui est étranger à la spiritualité, alors le sacrifice en vaut la peine. Mais peut-être cette justification n’est-elle déjà que vaine projection de mon ego : je sais en fait pertinemment qu’il n’y a que très peu de choses qui se communiquent par l’écrit, au mieux une sensation d’enlèvement, mais nos poètes l’ont déjà fait mieux que moi, alors bon… Je ne me suis pas encore forgé une volonté assez de fer avec moi-même, et face à la conscience de cette grandeur qui nous habite tous, je suis encore dans des enfantillages stériles : je me contredis, la négation pour le plaisir de la négation, pour l’absurde, comme si je voulais nier une évidence, profiter des derniers instants où je le peux, être sale tant que cela ne porte pas à conséquence, avant le grand changement. Cercle vicieux et sans fin, idiot, ego.
Et en même temps, si je n’écrivais pas, quelle justification pourrais-je encore trouver au fait de ne pas développer pleinement ma spiritualité ?
Tu comprends ? Tout cela est rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr…
« Elles ne peuvent se murmurer qu'à l'oreille, ou s'hurler au beau milieu d'un lac déchaîné, ou d'une foule indifférente »
« Elle en perd sa singularité, le même rythme revient, rythme qu'on connaît trop, rythme qui n'est pas toi. »
« Je ne sais pas, le contraste entre l'écriture d'un autre et tes sensations propres me gêne un peu (et révèle bien autre chose qu'une simple affaire de style: que tu ne t'es pas pleinement trouvé, que tu ne te suffis pas encore, que tu as besoin d'amarres). »
…Bien démasqué ! Par contre je ne vois pas ce que tu veux dire en disant « l’écriture d’un autre et tes sensations propres »… Tous les textes de mon blog sont de moi, est-il besoin de le préciser ? Je tente, j’essaye de nommer ce qui vient du fond (impossible, certes, mais bon…). Ou alors as-tu voulu dire qu’effectivement ce reflet erroné n’est pas l’âme de l’intériorité qui m’habite, que tout en devient tordu et faux en regard de cette pure intériorité vers laquelle je continue de m’élever parfois, sans pour autant passer derrière moi-même (auquel cas tout changerait). J’avais choisi philo par correspondance pour me donner le temps de faire cela cette année, comme quoi jusqu’à aujourd’hui c’est raté.
« et révèle bien autre chose qu'une simple affaire de style: que tu ne t'es pas pleinement trouvé, que tu ne te suffis pas encore, que tu as besoin d'amarres .»
Merci. Toi au moins tu as de la grandeur, même si je sais que tu te moques bien d’un tel compliment venant de ma part (et surtout venant de ma part…).
« autant aujourd'hui je me dis qu'il ne suffit pas d'errer par delà monts et vaux pour vivre »
Ce en quoi tu as tout à fait raison : mais le fait de partir m’a juste permi de passer au-delà d’une contradiction dans laquelle je m’enfermais, c’est à dire le fait de ne pas partir alors que j’en avais le désir depuis si longtemps. Maintenant dépassée, je peux repartir dans une nouvelle dynamique face à moi-même, rien de plus. Ce que je fuis, c’est de faire face à moi-même, et j’invente sans cesse des moyens, même là peut-être de t’écrire en est un.
Par contre, je ne sais pas comment tu arrive à concilier la khâgne et tout cela, et bravo pour cela…
Merci à toi de ta franchise ; ce n’est pas la première fois que j’avoue à quelqu’un ma faiblesse, mais je n’en prend jamais acte. Alors espérons que cette fois…
Que te dire, qu’ajouter ? J’aimerais te remercier encore, j’aime ta force d’âme, mais cela est bien inutile : ta force te vient de toi-même et non du regard des autres. C’est là tout ce que je me souhaite à l’avenir.
Tu vas bien, tu es belle
Je t’embrasse, à bientôt,
Virgile."
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire