vendredi 12 janvier 2007

Yes, my lord,... A ghost.

Je comprends à présent pleinement la littérature fantastique, qui me restait jusqu'ici comme une fausse création : je me disais en effet que si quelque chose a lieu, ça a lieu et il n'y a pas de doute, alors soit il y a un fantôme, soit il n'y en a pas et voilà, mais... je comprends désormais pourquoi entre ces lignes le lieu du réel est comme décalé, pourquoi il n'y a pas de réalité, pourquoi les tabeaux dansent et chantent sous la houle d'une incertitude centrale comme la fatigue ou quelque alcool, si ce n'est encore une autre substance, pourquoi les couleurs et les sentiments se mêlent, pourquoi on sait, pourquoi on ne sait pas, pourquoi le mouvement du réel est ainsi rendu qu'il n'y a plus de distance entre sujet et objet confonduent dans la lie d'une ivresse emportée du temps vécu, pourquoi, pourquoi...
Pourquoi se doit-il que je comprenne à présent ce type de roman, cette écriture ambigue, me direz-vous... Car je sais moi ce que j'ai vécu, mais si je devais le rendre par des mots, que pourrais-je dire sinon cette confusion entre le vent qui doucement siffle entre les branches et ce chant comme diaphane et enlevé, là et pourtant si loin et léger et beau... Et d'ailleurs, regardant la cime des arbres sans mouvement, il n'y avait sûrement que peu de vent cette nuit-là, alors pourquoi semblait-il filer si vite devant moi, dans cette clairière obscure en sifflant ?
En fait, on va dire les choses : rien de ce que je pourrai raconter ici ne pourra être cru par qui ne croît pas, toujours il pourra évoquer le vent, la beuh, l'obscurité,... Mais moi, bien que trois jours plus tard cette expérience soit comme entourée d'un halo étrange et lointain, je sais bien ce que j'ai vécu, ce que j'ai senti et ressenti, ce que j'ai entendu et même ce que j'ai vu, en cette soirée étrange passée à coté d'une maison abandonnée... Tous les éléments y sont : une clairière, des arbres autour, cette maison à l'abandon, la nuit, le lac à côté, les éléments déstabilisants comme le fait d'avoir fumé, tous propices à créer un récit fantastique. Mais il n'y eut rien de fantastique en fait, juste une réalité. Et puis ce n'était pas tellement la beuh mais plutôt la méditation qui m'a conduit à percevoir cette/ces présence(s).
Jamais je n'avais connu méditation de la sorte... Ma perception débordait l'espace de mon corps et ma personne était réduite à si peu de chose dans cet espace si large autour de moi : la pièce dans laquelle je me trouvais, c'est comme si j'étais là avec elle, présent dans la présence, percevant l'unité de ce qui m'entourait immédiatement, et mon identité avec cette unité. Oh, oui, la grâce a mille visages, il y a mille façons de se surmonter, et ce soir-là ce fut cette voie là qui s'ouvrit à moi... Ai-je été guidé par le fantôme de cette maison, comment se fait-il... ? La méditation est l'exploration d'un inconnu, de réseaux corporels, de sensations au monde, mais la racine (pour une conscience qui n'est pas encore passé de l'autre côté de l'Ego comme la mienne) sera toujours une émotion et la concentration sur un endroit précis du corps. Le classiques disaient que le sang est l'âme. Et, oui, le sang circule différement en état de méditation, il se concentre en différent endroits du corps le long de notre axe longitudinal, de façon plus ou moins contrôlée selon l'habitude... Mais l'important n'est pas tellement le phénoménal que l'état de conscience dans lequel on se trouve, la réalité émotive de la félicité. Tout cela se tient dans une étroite imbrication et c'est à chacun de nous d'explorer notre intériorité. Mais il faut bien avouer que la peur est difficile à dépasser : par exemple ce soir là, comme j'avais peur de cette aspiration de mon ego dans un vide où il n'existait quasiment plus, cet espace qui m'entourait et que je venais à être. Oui, cela fait peur, mais il faut se lancer et sûrement y revenir quotidiennement pour apprendre à contrôler ses peurs et à la fois aller plus loin dans l'effacement et la grandeur de la félicité : car s'effacer c'est laisser mûrir en soi le fruit de l'être, toujours un peu plus, pas à pas, de lacher-prises en prises de conscience de l'intériorité qui nous travaille... Ah, mais comment parler de tout cela... Toujours est-il que je m'élevais tranquillement à cette présence lorsque soudain je fus pris d'un frisson sous l'épiderme un peu partout à la surface de mon corps... Non, ça n'était pas le froid : je n'avais pas froid ; et le frisson du froid est différent : il saisit la surface de l'épiderme et les poils se dressent, alors que là ça se passait sous la peau et parcourait librement l'ensemble de la surface (ou plutôt sous-face) de mon corps.
Oh, là... Qu'était-ce donc ? ... Je ne suis pas seul. Je le sens. Je la sens. Une présence. Etrange. Je ne connais pas cela. Ok. Stop, sortons de cette maison prendre l'air, c'est fini pour ce soir... Je fais quelques pas vers la lisière de la forêt, qui n'était en fait que le passage séparé par une barrière à un autre terrain, cultivé celui-là, et regarde un peu le ciel. Dans ce temps du mouvement, j'étais toujours parcouru de frisson étranges et qui s'arrêtèrent bientôt devant le ciel étoilé, du moins se réduirent...
Et c'est là que tout se passa : un grand frisson me prit, se concentrant plus particulièrement vers la sous-face de la tête, comme concentré... Et pourtant je dis cela comme si ce frisson était totalement extérieur à ma conscience, mais bien sûr il influait quelque peu dessus, tout est uni et le récit sépare tout : ce frisson à la fois m'amenait vers un sentiment étrange qui n'était pas moi, oui, je crois qu'on peut le dire mais là encore il ne faut pas s'y attacher : tout est estompé dans la confusion de l'instant, mais aussi dans la reconstruction précise du souvenir... Bref. Je me retourne et fais quelques pas vers ma tente, m'arrête brusquement... Un chant ? Un choeur si léger et éthéré dans les aigues avec plusieurs voies qui se supperposent, et si superbement... Sûrement là l'essence du chant religieux, mais il n'y avait là personne. Alors je tends l'oreille stoppant le moindre mouvement qui puisse faire du bruit, j'attends. Oui, certes, un peu de vent, mais ce son de chants, si précis, si beaux, si organisé, je l'ai bien entendu n'est-ce pas ? Et puis je l'ai ré-entendu, et après accompagné de quelque musique encore légère et... Voilà, me voilà fou pour de bon ! Après ce premier chant, ou pendant, le vent s'embale et je l'entend siffler et s'emballer devant moi : tout bouge, il se passe quelque chose, c'est sûr, je le sens, le frisson s'emplifie, le vent tourne et tourne et soudain en l'espace d'une seconde à peine je vois cette ombre noir bouger devant moi si rapidement en décrivant comme des cercles ou des huit, et elle est là cette ombre, et à un moment précis tous les frissons se concentrent vers mon front et -PAF !- l'ombre se jette au centre de mon front avant de repartir aussitot à un mètre à peine de moi et recommencer à bouger en tous sens. Wouf... Quel instant ! c'est comme si mà tête avait été secouée comme une cloche, mon esprit ébranlé et pourtant toujours présent... Aaaah, quel effroi, quelle est cette chose, que vois-je, que veut-elle ? Je recule d'un pas, l'ombre s'éloigne un peu et s'estompe mais pourtant je vois toujours là devant moi une obscurité mouvante. Suffit ! Je secoue la tête, cherche à nier sa présence et, disons... Retourner en moi-même, l'assise du "je".
Pourtant, je ne bouge toujours pas. J'écoute. J'hésite : devrais-je aller du côté de ma curiosité naturelle et m'avancer au centre de cette clairière où le vent siffle et fait rage comme en tourbillonnant, ou oublier tout cela et me coucher sous ma tente ? Tentant tout cela, mais que voulait ce fantôme en se jetant sur mon troisième oeil : du bien ou du mal ? Il voulait me posséder ? Et alors, s'il y parvient il pourrait tout aussi bien me faire me tuer, ou alors je pourrais bien l'aider et c'est ce qu'il cherche, et peut-être je gagnerai en compréhension sur le chemin de la spiritualité, peut-être veut-il m'élever dans la méditation comme sûrement il l'a fait tout à l'heure... Peut-être... Dans l'instant tourbillonnant du doute, mon regard reste fixé sur l'ouverture de la tente tandis que mon esprit s'arrête dans l'espace creux de la décision, restant sur le qui-vive sensoriel : les chants, toujours là par intemittence, légers et lointains, comme tout à l'heure. Oui, bien sûr que j'ai peur, mais tant que je ne me serai pas avancé au centre de la clairière, je serai en sécurité : tout dépend du choix que je fais. Bien sûr, la peur l'emporte : après tout, je ne connais que peu de choses des fantômes, je sais qu'il y en a des bons, des mauvais, qu'on peut les délivrer de leurs attaches terrestres, mais je n'en ai jamais rencontré, et ça, ça change tout. Un pas vers ma tente, et... "Eh...". Je m'arrête ; tend l'oreille ; si, si, j'ai entendu quelque chose, si, c'est sûr putain, merde j'ai entendu quelque chose... Une voix féminine, ça venait plutôt de la maison... Elle a dit quoi ? "Eh", ou... "Viens" ? Je ne sais pas mais j'ai entendu quelque chose. Que faire ? sûrement étais-je là pour quelque chose, mais quoi ? Je suis à l'arrêt, tend l'oreille, mais plus rien. Je n'attend là pas longtemps, le moment est venu de prendre une décision. Je rentre dans ma tente et laisse un peu la lumière allumée, passe un coup de file. Et pourtant. Avant de m'endormir, j'entendais toujours par intemittence des relents de musique classique et de voix enlevées se lier dans une mélodie cristalline : il ya bien quelque chose.

2 commentaires:

Virgile a dit…

... Je ne sais pas ce que Sz en dira ;) !

Sz a dit…

J'en dis plutôt du bien! Je ne sais pas si j'y crois ou non: j'attends d'en faire l'expérience avant de me prononcer, sans a priori si ce n'est une légère impatience, et même si je ne connais pas ça de mon vivant, cela ne veut pas dire que cela n'existe pas... Un peu comme les extra-terrestres, idée que je défendrai jusqu'au bout!