lundi 25 décembre 2006

Il voulait partir...

Ce texte n'est peut-être relativement plus d'actualité, mais il est depuis le 7 octobre, alors...


"Il ne faudra pas m’en vouloir, mais j’ai besoin de vouloir…

Je fais ce que j’aurais dû faire il y a déjà quelques mois : dans les jours qui se sont balancés à mon retour d’Italie, je pouvais tout faire d’une seconde à l’autre, tiraillé entre deux mondes : celui des assurances et de ma vie « ordinaire », et l’aventure de la vie. Partir. Le projet est mort mais avec lui beaucoup de révolutions sont nées : faire une formation de tailleur de pierre, à l’époque, arrêter la fac, décider que de la voile je ferai un métier, ou un art de vivre selon la façon dont on l’envisage, etc… Voilà. Le printemps, période de révolutions fantastiques.
Puis, pour combler le vide des mois d’automne qu’il fallait que je justifie aux yeux de mes tiers, je déclarais avoir le projet de vouloir aider mon cousin Rémi à construire sa maison. Je ne me souviens plus comment est né cette idée, mais elle est venue tardivement et ce n’était déjà plus la bonne : s’il s’agit de faire, c’est moi qui doit faire ; Je cherche ce qui me meut, ma propre dynamique interne. Plus les jours passent, plus je me rend compte qu’aller là-bas construire cette maison n’a aucun sens : j’y pourrai tout aussi bien qu’ici me laisser bercer par la douce passée du temps, tranquillement s’écoulant la passivité du fleuve.
J’ai besoin d’obstacles à surmonter, de décider, me recentrer sur moi-même, me trouver. En un mot, faire, c’est à dire être moi-même le propre moteur de ma volonté, sans qu’aucune contingence puisse influer dessus. Je dois, si je veux exister, me produire, c’est à dire développer la capacité de m’ordonner et de vouloir réellement les choses. Car je suis « en l’air », selon une expression bien trouvée de Clémentine… « En l’air », ça veut bien dire ce que ça veut dire. « En l’air » : ce que je fais, je ne le fais pas réellement, tout ce que je fais est un prétexte pour que le temps passe sans trop d’embûche en attendant la révélation. J’ai besoin de grandir, de m’assumer comme existence et de donner à celle-ci une dynamique qui ait un sens. Il me manque quelque chose pour faire pleinement les choses, pour construire mon avenir, pour me forger, prendre des décisions. Cela, pourquoi ? Car j’ai quelque chose à réaliser. Ne comprendront que ceux qui savent que l’on peut réaliser quelque chose. Je n’en dirai pas plus. Tant que je n’aurai pas réalisé cette dimension de moi-même qui s’est révélée à moi au début du mois d’avril dernier, et celui qui précède encore (hypokhâgne, donc), je ne saurai rien faire, je ne serai que spectateur de mon existence, quelque puissent être les touches de poésie épicées que j’y puisse saupoudrer ça et là dans les mouvements inertiques du temps. J’ai quelque chose comme un destin. Je Dois, au risque de m’enliser en moi-même et en mes nœuds de contradiction. En avril dernier, c’est la fac m’a retenue, la volonté de père, la volonté de mère, mais je n’y tiens plus. Ce « Je Dois » s’impose de raison à moi-même. Je ferai six mois plus tard ce que j’aurais dû faire il y a six mois, ce qui est déjà contre-nature.
Je n’abandonne rien. Tout est là. J’ai simplement besoin de recul. Je dois changer mon rapport à l’existence. C’est aussi une question de santé physique –tout est lié. Je cherche le présent. On ne peut pas à la fois se dire artiste de son âme sans se faire dans le même temps artisan de son existence. L’un ne va pas sans l’autre, c’est un mouvement de l’un à l’autre et de l’autre à l’un, cerclique… Ce serait là se refuser trop de volonté d’agir, un refoulement trop énorme. Je ne suis pas de ceux à qui le fait de vivre ne pose pas de problème, et je pleins ceux qui ne s’en posent pas. Je veux (dit le lion) et aime affirmer ma volonté, mais ne le fais que trop peu souvent, et n’allez pas me demander pourquoi (de toute façon, momentanément, ce n’est plus possible). Alors, pour oser, il me faut me détacher.
Je n’abandonne rien. En juin j’ai des examens que je vais passer, ne serait-ce que pour avoir ce que ce bon vieux Guy disait qu’il y avait de meilleur à prendre dans l’enseignement supérieur –les bourses ! Un peu d’arrogance ne fait pas de mal, mais là est la vérité : je n’ai plus rien à faire de la philosophie et de ses débats stériles et idiots qui ne s’attachent qu’à des définitions de mots (bien pour cela qu’en Avril je voulais fermement tout arrêter) pour borgnes de la vie. Enfin, que l’on se rassure, je les passerai sérieusement tout de même, tant qu’à faire… En mars, je commence les Glénans, et en Juillet ma formation de tailleur de pierre. Dans cette perspective déjà bien construite, d’ici à Mars, je n’ai pas ou peu de choses à faire –sûrement reviendrai-je en février pour travailler un peu mes cours chiants.
Si je pars maintenant, c’est que je suis occupé jusqu’à… Décembre 2007 !!! Alors, voilà. J’ai vingt et un ans (et ne laisserai à personne le droit de dire que c’est le plus bel âge de la vie, lol), et quelque part, je suis déjà vieux, il est temps un peu que je déploie mes ailes pour les secouer, sinon elles vont finir par se coller et je ne pourrai plus rien faire qu’attendre de mourir : la crasse, ça s’installe lentement. Quand je dis que je suis vieux, c’est que le temps de changer est venu : la perspective existentielle qui s’est ouverte au crépuscule de mes dix-sept ans a assez vécue : elle m’a apportée ce qu’elle avait à apporter, me. Le temps est venu d’un autre monde.
J’ai l’impression qu’après une crise d’adolescence haute en couleur il faudrait que tout devienne normal, que la vie suive son cours, que l’on ait un boulot, des trucs comme ça, que la vie s’installe et suive son cours sans crier gars. Comme si un champs de possibles s’était ouvert, à chaque moment dans une idée différente de réalisation de soi, ces dernières année, pour se refermer lentement comme une fuite en avant dans un tunnel à la lumière lointaine, alors qu’on avait à peine eu le temps de le voir de l’extérieur avant d’y entrer. Non. J’aurai au moins fait ça pour me déterminer seul… Je me suis dis, hormis l’hiver, qu’aujourd’hui était le meilleur moment pour partir… J’aimerais qu’on se dise « et pourquoi pas », plutôt que l’on s’inquiète, que l’on se dise « ouais, bravo, t’as raison si c’est ce que tu veux (quoi que tu veuilles !) », plutôt que l’on pérore en spéculations ou inquiétudes, que l’on soit heureux de la force de mon geste plutôt que l’on déplore son inconséquence,… L’inconséquence, ça rassure. Que l’on soit heureux de me voir enfin prendre une décision en adulte, c’est à dire pleinement pour moi-même et sans souci du reste, et pardonnez-moi pour le reste.


Je suis heureux…


Virgile."

5 commentaires:

joaquim a dit…

Bonjour virgilewest,

Je crois que le destin n’opère pas de l’intérieur vers l’extérieur, mais de l’extérieur vers l’intérieur. Le destin, ce n’est pas tant la trace de soi qu’on laisse dans le monde, mais la trace du monde qu’on est capable de prendre en soi. Et pour cela, comme tu le sens bien, il faut se frotter à lui, l’affronter, l’obliger à nous révéler Qui nous sommes. Il faut agir, certes, parce que sans action, rien ne se passera; il faut lancer des cailloux dans l’eau, puis ne plus se préoccuper du sort du caillou; seulement des rides qui apparaissent à la surface de l’eau. On croit au départ qu’on est le caillou, car c’est lui seul qu’on peut saisir. Puis on découvre qu’on est l’eau, et que le caillou n’est là que pour la révéler.

Tous mes voeux de changement pour la nouvelle année. :)

virgile a dit…

merci à toi joaquim, je crois que je progresse dans la compréhension des choses, mais reste à ce que l'exploration du corps et de ses possibles prenne le pas sur l'exploration que mène la raison : je pourrais sûrement parler de l'éveil ou de la méditation assez bien et profusément, mais là n'est pas le but de la spiritualité : le cailloux aime parfois se donner l'image de l'eau sans pour autant l'être... ;) Mais il ne reste plus qu'à prendre le temps de méditer, m'extraire de moi-même, conquérir cette félicité qui comme un graal d'abord se montrant, se révèle finalement simple acception du monde, du néant, mais aussi de la pleine grâce du sublime et du coeur chantant de l'action -où la joie ne tarit pas de vivre et d'échanger... So, let's see :oD
(pour l'instant, je suis au moins existentiellement en accord avec moi-même, ce qui n'est déjà pas chose aisée...)

virgile a dit…

...Et bonne année à toi !! :oD

pompom a dit…

Peut-être devais-je lire ce texte après coup, c'est-à-dire mtnt. Comme si tu t'étais infusée en moi, ces mots me parlent et m'habitent... Bonne quête, mais prends garde à ne pas t'éblouir non plus les yeux à force de poursuivre cette lumière. A moins que ce ne soit là le meilleur moyen de la trouver...

un clown a dit…

j'âïmé bièn cétté hïstoîrè dé câîllôùx...