Il part… Engagé par-ci engagé par-là, rien à foutre il largue les amarres…
Et vogue
A défaut de chercher la force en lui-même, il se disait qu’un monde sensible s’offrant à lui aurait plus d’attrait que les simples traits de son esprit. Et puis, pourquoi pas même que la sensibilité le froid l’hiver le pénètre tout entier pour le rendre à son propre corps… Soyeuse projection ; le froid lui en a rendu grâce : il avait raison. Il voulait lutter contre l’hiver au moyen de sa seule détermination, et celui qui surmonte l’hiver surmonte son propre hiver.
Vogue, vogue, VOGUE, la galère !
Tout s’enchaîne et se suit,… et se fuit, lui qui cherchait à rompre ses chaînes.
L’Eternel retour, voilà son ennemi ! Tout ça, là, tout ça qui le pousse sans le tirer, toutes ces évidences d’un temps présent qui devrait –et devait– se dérouler dans l’idée de ce passé déjà établi, bien lourd de toutes les inerties du déjà-fait impliquant l’idée du devrait-être-fait… Voilà l’Eternel retour !
Merde à tout cela il avait dit. Et il était parti.
Fier, fier, fier en lui-même de dire –Je l’ai fait !
Pluie, vent, froid, terne augure d’un temps de chien sur la route du départ, rien de tout cela n’entama d’un pouce la grisante perspective jaillie de son seul acte… Car il voyait si loin devant ! Comme… Comme une chimère impossible à rejoindre à laquelle soudain une main était tendue loin dans le vide qui le séparait d’elle. Et sur ces ponts de l’être, on resterait si longtemps, si on le pouvait.
Car au temps qui inéluctablement passe sans cesse passe, il faut opposer l’espoir et la foi, et la foi en l’espoir,… et c’est comme cela que l’on vainc son propre hiver, par la foi, la foi active, la foi qui veut et cherche les chatoyantes douceurs feutrées de l’intérieur du royaume de dieu le corps, ces douceurs où l’on se pâme dans la réjouissance des origines astrales de notre être… –Et on y prend goût à ces réjouissances, on y prend goût, mais bientôt l’on se figure que « je » ne peut pas, que non, que c’en est trop, que cela en devient indécent, que cette abstraction de soi dans les hauteurs du dessaisissement, ces endroits secrets des revers de la conscience et lueurs sacrées, nous ne les méritons pas, non, que « je », ce « je » lui-même racine de la dynamique de cette aspiration au réel vers laquelle nous nous élevons, nous nous figurons qu’en fin de compte il ne peut pas y accéder ; non : « je » ne peut pas accéder au royaume de Dieu. …Eh ! C’est qu’il faut faire un choix l’ami, c’est qu’il faut faire un choix !
Le départ alors, fut l’acte de grandeur, cet acte butoir sans lequel rien de la suite ne pourrait s’accomplir, cette idée abstraite, partir, sans la réalisation de laquelle il savait être bloqué souriceau dans les carcans de sa petite existence. Telle une vache, il rumina longuement cette idée, et plus il la ruminait, moins elle se réalisait –car le temps filait-–, et plus il la ruminait, plus elle se défaisait en lui : il s’engonçait dans les marasmes de sa propre contradiction à coup de si, de pourquoi et de comment… Un vrai chantier à se taper le marteau sur la tête, à dire vrai !
Alors voilà : là, comme ça, il avait réuni ses affaires ; là, au seuil de ce dernier choix : l’hiver approche et le courage doit se prendre maintenant, ou il ne se prendra jamais, là, maintenant, ou il ne se prendra jamais… Là, maintenant !!
Va, et vogue.
Sans rien dire à personne, personne même pas sa mère, va et vogue il s’était dit, et il était parti, là, comme ça.
Et du froid il goûta. Il aimait cela ; et puis… Tous ces gens croisés là, partout, il aimait cela. Et du froid il goûta, car il aimait cela.
Il avait ouvert une coquille, fendu d’un trait toutes les fatalités, sabre en main bondissant sur sa proie prêt à trancher le fruit pour en tirer le jus, il avait même commencé à faire sien le froid et même l’idée du froid, il commençait à le dompter, à l’apprivoiser, comme en secret, à s’en faire l’ami… et qui vainc le froid vainc tout sur son passage n’est-ce pas, oui, cela doit bien être cela, il vainc tout sur son passage, celui-là qui vainc le froid. Et puis… Regardes : le froid connaît mieux le temps que cette pauvre molle chaleur qui s’alanguit de sa propre lourdeur en temps qui passe déjà passé ; le froid, oui, lui le froid, toujours vif et saillant, ne s’oublie pas, jamais : il est toujours là, sur le qui-vive, c’est-à-dire –neuf à chaque instant. Ô beauté du froid, tu me rappelles à ma sensibilité comme je t’en remercie : ainsi puis-je mieux m’en abstraire et la surmonter en même temps que je te surmonte, et ainsi vaincre mon propre hiver.
Et puis,… A torturer le temps comme cela, il fallait bien un moment donné se reposer, se laver, se ravitailler bref, retrouver pour un temps ces chaumières douceâtres afin simplement de s’entretenir un minima. Comme une évidence, la chaumière au loin lui susurrait « viens, viens… », comme une lueur hypnotique vers laquelle on irait tout naturellement, oui, tout… naturellement. Mais lui avait compris qu’il fallait faire un choix : soit le froid, soit le chaud, mais on ne peut pas alterner trop longtemps le jeu des deux : c’est là beaucoup trop de changement, et le corps a besoin de constance ; alors il se méfiait de la chaumière au loin, mais ma foi il se dit qu’il en avait bien besoin, et qu’il prendrait garde à ne pas trop s’approcher du foyer : les échecs, ça use à la longue… Alors il y alla de bon train, confiant malgré tout. …Peut-être n’avait-il pas encore assez expérimenté le froid pour aller ainsi fricotter aux rebords de cette chaleur si confortable, et après tout si… naturelle, n’est-ce pas ? …Puisque tout le monde la trouve naturelle, elle est naturelle, non ? Normal d’avoir chaud en hiver et de rechercher le chaud, non ? C’est bien là ce que tout le monde dit et fait, alors…
D’abord, il se disait qu’il ne resterait que quelques heures tout au plus, le temps d’embrasser ceux dont le fruit des entrailles donna naissance à ceux dont le fruit des entrailles donna naissance à sa propre personne, ce petit fruit encore vert face à la vie, ce petit fruit qui n’avait pas encore appris à faire couler de son propre vœux la sève en ses veines pour grossir et s’alourdir et encore se gorger d’eau et de sucre et se délecter à satiété de son propre miel dont il est heureux de goûter quelques rayons à la lueur de son soleil intérieur sa félicité, ce petit fruit qui, entravé dans les doutes et remords d’une vie projetée sans être pleinement réalisée, n’avait pas encore passé le pas, ne savait pas encore laisser couler le flot du temps en lui-même sans en entraver le passage par quelque pensée obscure et détournée de son centre propre, ces pensées qui elles-mêmes se figurent comme le fruit des fruits, comme le dernier aboutissement de l’existence, se réifiant beauté absolue alors qu’elles ne sont en réalité que reflet et pâle lueur de beauté absolue…
Il ne resterait que quelques heures, il s’était dit…
Et puis, dans la joie des retrouvailles, à la chaleur le temps passa… Et il partirait demain, oui, cela est tout naturel lorsqu’on vient du même arbre. Qu’à cela ne tienne, profitons-en pour retrouver un peu les fruits des branches d’à côté ! …Il vit quelques cousins. Et la chaleur doucement, insidieusement presque bien qu’il ne pu feindre de ne pas en être tout à fait conscient, la chaleur le rendit tout à fait à sa contradiction : celle-là même qu’il était parvenu à vaincre dans l’euphorie du départ et les gelées du grand froid… Tout était-il alors à recommencer ? Tout le processus de départ et d’accoutumance au froid était-il à refaire ?! Non, pour sûr : que l’on apprenne dans son erreur, ça il le savait bien, et un résultat obtenu une première fois le sera plus facilement obtenu une seconde fois, mais il savait aujourd’hui tant de choses : grand temps il était de ne plus apprendre par l’erreur mais de savoir, tout simplement. Ainsi, simplement, il était grand temps de retrouver le froid, car à présent il était tout à fait réchauffé.
Et savez-vous quoi ? S’il avait un jour vaincu le sort de l’éternel retour, dans l’ironie de son sort il avait à présent peur de l’éternel départ !
Que la providence accorde à notre ami de réapprivoiser le froid, car il risquerait sinon à coup sûr de s’y casser les dents !
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9 commentaires:
Le nietzschéen se retrouvait-il être un hégélien? A voguer de contradictions en contre-addictions, à expérimenter une partie du Tout qui se veut l'exact opposé du point de départ, on ne réalise qu'une partie de sa réalité... Il s'agit de prendre garde à trouver ses différents points de contacts entre les différentes zones d'existence qui, si vastes soient-elles, se symbolisent en des oppositions indépassables: le froid / le chaud. Le mouvement / l'arrêt. Le départ / l'arrivée. Et de ne pas oublier que le but, s'il existe, est de se poser en tant que troisième pôle intégrant, surmontant et réalisant les deux premiers afin de constituer une véritables trilogie (qui se répercute de manière infinie dans les miroirs de situations), trilogie ou trinité divine et extatique - mais ne visant au bout du compte qu'à se constituer elle-même que comme base du prochain dépassement. Que ta volonté de puissance se souvienne que l'Absolu est imparfait sans son double crasseux et miteux du quotidien! A nous d'être le point de rupture qui réunit les deux pour finalement révéler notre puissance; la brèche n'est qu'un saut vers notre plénitude.
hey... C'est sûrement là ce que j'ai dû écrire sur le possible de l'art...
Que dalle! La synthèse bien-pensante entre l'absolu de chacun( pour ceux qui s'en savent un) et le quotidien "miteux et crasseux", c'est à peu près ce que tout le monde fait, alors autant ne pas trop se vanter d'avoir une philosophie du compromis fût-elle prétendument inspirée de willehlm Friedrich Georg vous savez qui. exemple : La charité c'est bien mais charité bien ordonnée.... Pardon de ne pas faire entrer en compte le mysticisme dans ce commentaire..
Enfin désolé de cette touche d'agacement qui réside dans le fait que l'établissement de ce "troisièma pôle intégrant" en système social me semble bien justifier philosophiquement, et hypocritement, l'état du nôtre et des t-shirts hollywood is over sur des cartes gaumont. bon c'est méchant et un peu mesquin comme remarque. mais effectivement c'est comme ça qu'on vit faut-il pour autant s'en glorifier?
Le titre m'avait attiré l'oeil et cette fois-ci le ton semble beaucoup plus fluide et coulant. Les paragraphes défilent et me font découvrir une facette, un angle entraperçu ,protégé ici par l'objectivité de cette 3ème personne du singulier.
J'ai essayé de te définir, ma métaphore n'est pas celle du froid mais d'une fontaine intérieure.
Doux...
Tes mots sont de grands réconfort à l'instant où je les lis, pom',... Merci de croire en moi.
:'o)
Pour te répondre, je crois que oui, pour la trouver il faut s'en éblouir. Heureux que tout cela résonne en toi ; je sais que c'est en profondeur...
Je t'embrasse
Euh... Cool, les gars :o)
Euh, Nico... Tu penses pas que connaissant Shad, tu sais bien qu'il ne pense pas ce que tu as écris qu'il pensait, non ?
Je pense que Shad voulait juste exprimer le fait qu'à rechercher la félicité on tombait aussi dans les doutes et les angoisses existentielles profondes de notre personne... Alors attention. En un mot, il professait la voie du milieu, ce qui me va très bien ; il professait de ne pas s'attacher aux concepts pour soutirer de la puissance à soi-même, ce qui me va très bien aussi...
Je ne vois donc pas où est le problème, messieurs ;o)
Ainsi je vous propose de vous retrouver dans une arène, tels les chevaliers du zodiaque, de vous battre... Non, mais ! a-t-on jamais vu deux amis s'ébrécher de la sorte pour quelque broutille existentielle ?! Qui dit alors qu'il ne juge pas l'autre ?
Je vous voie tout deux énervés de vous renvoyer à la figure de pseudo-contradictions mal dégrossies et injustifiées, comme de vulgaires prêtres se fustigeant parce que le noeud de la soutane de l'un serait mieux fait que celui de la soutane de l'autre !
Que cela se passe sur mon blog n'est pas un problème : le problème est que cela se passe tout court.
Luttez mes frères, mais prenez alors les poings et libérez vous ainsi de tels ressentiments idiots : que le corps exulte n'est pas à proprement parler une mauvaise chose, et vous vous sererrez dans les bras une fois votre haine inutilement libérée, vous rendant compte de votre pitoyable manège de coq !
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