jeudi 5 octobre 2006

De la "politique".

Voici un mail que j'envoyais à beaucoup... J'aimerais l'étoffer. (si vous l'avez déjà lu, lisez ce qu'il y a après) :

"alors voilà. Un jolie jour de midi j'écoute les informations télévisuelles de France 2. Et là, je ne sais plus quoi faire. Mon désarroi est à son comble. Un reportage sur une ville d'Angleterre, je ne sais plus laquelle, où il est montré de façon si innocente et amicale ce simple fait : au nom de la propreté de la ville, la mairie a installé des caméras dans plusieurs rues, caméras couleur de bonne qualité que plusieurs employés de la police municipale (et non de la voirie) peuvent faire zoomer et diriger de droite à gauche, couplées à des hauts-parleurs par lesquels ces messieurs reprennent les bonnes gens qui jettent un papier par terre. et France 2 de nous montrer deux exemples où des personnes sont prises en flagrant délit et sommées de remettre le papier lancé par terre dans une poubelle, plus un troisième où une journaliste se promène avec une bouteille de bière et se fait reprendre puisqu'il est interdit d'avoir de l'alcool dans la rue (ou de le boire, je ne sais plus
mais bref...).
Et là je me dis, abasourdis "ils ont réussi". Fou ça. "Ils-ont-réussi". trois mots qui résonnent tellement fort dans toutes les réflexions politiques et philosophiques que j'ai pu avoir sur "notre monde" ou "la société" ou "la civilisation", etc, trois mots
qui me laissent sans voix. J'avais beau réfléchir, je ne pouvais dépasser le constat : c'était donc possible. Je me demandais
auparavent comment on pourrait faire passer cela et la sécurité me semblait le meilleur alibi pour mettre des caméras partout avec des hygiaphones. Mais même pas : la propreté de la ville. Ils sont forts ; ils sont très très fort. et moi je me dis que je vais être le témoin d'une époque sensationnelle... ! Penser ne sert plus à rien, l'époque où les intellectuels avaient une
quelconque influence sur le politique est révolue car ils se sont séparés de la volonté de bâtir ce monde (tant les uns que les autres). L'horreur, c'est que notre bon présentateur télé Bruno Masure dit en phrase de conclusion "apparemment, on s'y fait".
...AAARRRRGHHH Mais dites-moi, ce sont les mêmes qui parlent du devoir de mémoire, les mêmes qui parlent des dictatures avec cette pudeur désolée en disant "c'est pas bien"... et pourtant, ils doivent bien se rendre compte. Mais comment est-ce possible ? Nous en sommes à la dictature de la situation normale. Je suis pris dans un tourbillon. Montrer cela, c'est comme
nous mettre de la merde sous le nez pour qu'on s'habitue à l'odeur... Quelle horreur, quelle horreur, quelle horreur !!!
...Comment peuvent-ils ? et qui est ce "ils" ? Des extra-terrestres envoyés en mission pour mettres les humains en esclavage ? comment se pourrait-il donc qu'il en fût autrement ? Mais le pire là dedans, c'est la suite, forcément la suite. Ils l'ont fait. Je crois avoir vécu un moment historique en regardant ce journal télévisé, et ce moment annonçait des jours noirs... Nous n'avons encore rien vu.

(biométrie ; il existe aussi un projet en France pour que les cartes d'identité soit identifiables à distance par les polices ; pour que le code ADN figure sur la carte dans une puce, etc, etc... Tiens, si on couplait avec les caméras pour la propreté ?
Mais comment peut s'organiser une résistance dans une telle configuration ? lorsque le corps est identité de la personne)

Nous n'avons encore rien vu... Faites des enfants et promettez-leur un bel avenir !! ;oD

J'en discutais avec un médecin que j'ai rencontré durant ces dernières vacances, et son questionnement
était le suivant : nous disposons de plus en plus de moyens démesurés pour mettre en place une dictature si
utilisés à mauvais escient (en plus de ce qui précède, nous avons déjà la carte bleue, le passe navigo, bientôt peut-être le fichier médical national sans possibilité de passer outre, internet et ses multiples moyens de surveiller tout un chacun,...) , mais quel objet pourrait avoir cette dictature, pourquoi quelqu'un en mettrait-il une en place ? Il lisait beaucoup de livre sur la mise en place du nazisme et restait pourtant perplexe face à son questionnement. Je crois que nous pouvons tout à fait
vivre une forme de totalitarisme nouvelle, un totalitarisme qui n'aurait pas d'objet, où il faudrait juste que les choses soit normales, ou du moins tel que la normalité est décrite dans les cadres législatifs de l'existence. Moteur ? L'économie tout
naturellement ; la croissance et ses discours justificateurs, les idéologies présentes en place. Et vous aurez... quoi ? Mais voyons, la liberté de penser mes amis, la liberté de penser. Comme si l'homme devait inéluctablement finir par ne plus avoir que le droit de penser sans pouvoir mettre en pratique ses pensées, sans pouvoir vouloir en affirmer dans le vécu
les conséquences (moteur de toutes les révolutions). Il se peut même que dans ce type de vie surveillée le monde diplomatique existe toujours (ou un de ses avatars)... Et alors, à quoi bon produire du refoulement puissance cent ? Je vois dans cet univers prisonnier se développer la folie plus que jamais auparavent, tout comme aujourd'hui. Mais ne nous
inquiétons pas des chiffres et des pathologies, nous avons des médicaments. Sinon, chapeau les intellectuels, ils ne serviront qu'à faire semblant que la liberté existe, n'étant eux mêmes que des pantins économiquement viables (ils vendent des journaux) et heureux de pouvoir se ballader "librement" en dénonçant les dérives d'un système. Tout se mêle, présent comme passé. Dans un fouilli innordonné se répandent des questions que la pensée laissera en suspend pour ne surprendre à ses détours qu'indignation et désarroi.
La société de masse (c'est à dire la société prévue pour la masse et non seulement anarchiquement développée comme c'est à peu près le cas jusqu'il y a un siècle), la consommation de masse (proposant de résoudre individuellement le mal-être occasionné par l'état politique des choses (c'est à dire le non-sens de la vie quotidienne de chacun ensemble)), et bien
d'autre sentiments encore qui m'habitent, tout cela prend -à mon grand dame- de plus en plus corps dans le monde réel (c'est à dire pas celui qui m'habite).

Voilà. j'ai peur."

Un ami répondait ceci à ce mail : cf. http://20six.fr/eternelretour/art/1338035

Bon. Maintenant, comment agir ?

" Je crois pour ma part que c'est encore plus large : que même les livres fournis en explication et détails d'analyse ne servent pas à grand chose. On le sait : c'est la merde. Il est donc temps de penser l'action et non plus de penser le ou les problèmes...
Je voyais récemment, justement dans une émission sur les intellectuels et leur rôle et leur absence des médias (qui préfèrent interviewer des sportifs ou des stars à la con sur des vrais problèmes de société), cette vidéo où Sartre, parlant aux personnes se trouvant dans la rue, dit que ce qu'il manque aujourd'hui (à l'époque) c'est un lien entre les intellectuels et le peuple comme il y en avait au 19e siècle... N'oublions pas que la première diffusion du Capital de Marx s'est faite sous forme de brochures à la sortie des usines (et d'ailleurs le début du livre où il expose pour la première fois la différenciation entre valeur d'usage et valeur d'échange est d'une simplicité déconcertante : il y emplois des exemples très faciles à comprendres à dessein, ce qui est appréciables pour tout les monde).
Donc... Comment agir sans donner un coup d'épée dans l'eau, telle est aujourd'hui la question.
Nous avions déjà pensé à attaquer les emetteurs télé (tout simplement détruire pour que ce temps soit remplacé), mais ce n'est pas grand chose. Et diffuser un texte, qu'en est-il aujourd'hui ? Le "prolétaire", ou ce qu'il en reste, existe-t-il toujours lorsque tout le monde est confortablement installé chez soi et avale une culture de masse au lieu de cette culture populaire et spontanée qui existait auparavant, permettant une conscience de groupe (ou conscience de classe, pour l'époque) ?
Personnellement, je ne sais plus vraiment que faire. L'action de groupe n'a plus tellement de sens dans notre monde présent. Je ne vois plus que la lente épopée de Socrate à travers la cité d'Athène, faisant de la politique hors du lieu de la politique, c'est à dire dans le lieu où elle devrait et aurait toujours dû être : partout où il y a des gens, c'est à dire des volontés. Car tout est politique, et il est absurde de séparer le champs de l'existence et de la politique. Mais Socrate est un peu un naze : il a remplacé la sensibilité par des mots (suffit de lire Gorgias pour voir que c'est juste un chieur qui titille les mots et les définitions), cependant là où je l'aime bien c'est sur sa défense dans "l'apologie", où il expose sa conception de la politique. Mais je m'égare, je disais juste ça pour cerner les choses. L'action individuelle. En fait, juste exister d'une certaine manière. J'aimerais pouvoir porter le flambeau d'une sensibilité poétique. Car pour faire bouger les volontés, pour faire renaître, où même naître, en quelqu'un la volonté d'une affirmation quelconque pour son existence (ce qui mène au champs politique justement), il lui faut prendre conscience de ce qui empêche sa volonté créatrice de se réaliser. Mais réaliser, faire se réaliser, faire naître la volonté créatrice de quelqu'un est une tâche tellement immense et difficile. J'y arrivais beaucoup mieux lorsque j'avais dix-huit, dix-neuf ans : je pouvais alors faire passer mes questions et réflexions pour de la naïveté alors qu'aujourd'hui il me manque une certaine puissance d'affirmation (mais les choses se résolvent progressivement...). Il faut avoir l'art de l'humanité, savoir relever le piquant de l'existence à partir de rien, à partir d'une simple réflexion qui ouvre le champs béant de la volonté d'exister, de la beauté qu'il y a à poursuivre l'existence. La culture peut y aider, mais bien souvent elle ferme l'interlocuteur peu instruit alors que toute la tâche est d'ouvrir la sensibilité poétique, avoir la force de pouvoir s'exalter et par petite touches poser des questions à l'existence ensemble en tentant de faire partager le questionnement et le sentiment qui l'accompagne (car il n'y a que le sentiment qui soit important, entendons nous...) à la personne avec qui l'on est. C'est l'art de l'instant, et je n'ai rencontré que peu de personnes qui en étaient douées. Car il ne faut pas non plus passer pour un uluberlu. Il faudrait qu'à chaque rencontre que nous fassions, la personne se souvienne longtemps en sa mémoire la teneur de la rencontre, les petites brèches de sens qu'elle a ouverte et qui doivent se représenter à elle au cours de son existence comme autant d'enseignements, enfin... de façon d'envisager l'existence plutôt.
Voilà. Voilà je crois le réel programme politique qu'il y a à se donner, et c'est un programme immensément plus dure que l'écriture de n'importe quel texte ; c'est, encore une fois, l'art du partage de l'instant. Et nous nous envolerons vers des contrées où l'imagination vole à la raison ses raisons d'exister... Il s'agit peut-être de savoir déployer et faire se déployer la joie de vivre qui s'exprime dans la fin de cette chanson de Brel : "Je volaiiis, je le juuuure... Je jure que je volais... mon coeur n'était plus barrrbare" (in "mon enfance").
De plus, cette perspective permet à soi-même de rester vivant et d'exister réellement -car j'ai bien l'impression qu'observer et écrire des textes, ça n'est que déverser en mots un refoulement de la volonté présente qu'il y a à exister lorsqu'on se fait perpétuellement des réflexions à soi-même en traversant la rue où n'importe où d'autre. Il faut retrouver l'innocence pour pouvoir la prodiguer.
Voilà, comme le dit si bien Ferré (fin de "il n'y a plus rien") se figurant parler à des politiques : "Soyez tranquille vous ne risquez rien, il n'y a plus rien, et ce rien, on vous le laisse : foutez vous en jusque là si vous pouvez ; nous, on peut pas. un jour, et bientôt, nous aurons tout ; rien de vous, tout de nous... Nous aurons eu le temps d'inventer la vie, la beauté la jeunesse, nous ne mourrons plus de rien, nous vivrons de tout... Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant de vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos réglements d'administration pénitenciaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer...

NOUS AURONS TOUT, DEMAIN MATIN !!!"

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