mardi 17 octobre 2006

De la guerre et des guerriers - commentaire détaillé.

à la vérité, il me faudrait faire un tel travail pour chacun des articles de ce livre fantastiques qu'est (je vous le donne en mille !) "Ainsi parlait Zarathoustra"... Voilà donc le dernier fruit de ma besogne :oD (le commentaire est entre parenthèse)



« Nous ne voulons pas que nos meilleurs ennemis nous ménagent ni que nous soyons ménagés par ceux que nous aimons du fond du coeur. Laissez-moi donc vous dire la vérité!
(Pour le guerrier, la critique et le retour sur lui-même sont les moteurs de la dimension qualitative de sa volonté -heureux, triste, maussade,…-.)

Mes frères en la guerre! Je vous aime du fond du coeur, je suis et je fus toujours votre semblable. Je suis aussi votre meilleur ennemi. Laissez-moi donc vous dire la vérité!
(Il est notre –je parle au nom des guerriers- meilleur ennemi car Nietzsche est un homme de savoir, il est en cela notre semblable, mais lorsqu’il est Zarathoustra, il est Zarathoustra et fut un guerrier. Ayant changé, et dépassé ce que le simple monde du savoir offre, il est devenu notre meilleur ennemi.)

Je n'ignore pas la haine et l'envie de votre coeur. Vous n'êtes pas assez grands pour ne pas connaître la haine et l'envie. Soyez donc assez grands pour ne pas en avoir honte!
(il parle du guerrier, celui qui combat contre une certaine conception de la culture, comme Nietzsche l’a fait dans ses « considérations inactuelles » ; haine et envie animent le cœur du guerrier (il le connaît bien puisqu’il l’a été). Ayant changé, il a découvert un être dans lequel ces deux émotions n’ont plus cours, il est devenu grand, il est devenu Zarathoustra. Avoir honte, c’est être prostré, une entrave à la volonté de puissance, au plein déploiement de soi-même dans la jouissance de ce déploiement ; ça n’est donc pas un sentiment à vivre, et il faut être assez grand pour cela. Lui est d’une grandeur que nous ne pouvons concevoir, ne l’ayant vécu)

Et si vous ne pouvez pas être les saints de la connaissance, soyez-en du moins les guerriers. Les guerriers de la connaissance sont les compagnons et les précurseurs de cette sainteté.
(Lui est un saint de la connaissance, il l’a dépassée et en connaît désormais à la fois les limites et les vices cachés (comme la haine et l’envie par exemple). Être guerriers, c’est être animé d’un vouloir, d’une puissance lorsqu’on anime la culture en son sein, que l’on pense. Nietzsche fut le guerrier, Zarathoustra est le saint. Comprenons bien qu’ici le narrateur fait part de son expérience passée et que pour autant pour devenir un saint il n’est en rien obligatoire de s’accaparer la culture…)

Je vois beaucoup de soldats: puissé-je voir beaucoup de guerriers! On appelle “uniforme” ce qu'ils portent: que ce qu'ils cachent dessous ne soit pas uni-forme!
(les soldats sont des faibles, des admirateurs de la culture qui se pavanent en son sein en se glorifiant des créations passées sans être capable de ne rien créer. Leur volonté est morte, ce sont des rats de bibliothèques aigris dirons-nous. Leur vision de la culture est relativement semblable, ils sont soldats, se battent un peu dans la joute oratoire certes, mais au fond cela résonne creux, il n’y a pas de volonté qui se déploie en leur sein… Mais certains se cachent et sont des guerriers sans le montrer –ou si peu-, ce qu’ils cachent en dessous n’est alors pas uni-forme, ne correspond pas à ce que se dit en général sur l’histoire, la culture, les arts etc, mais résulte d’un construit personnel animé par la vigueur de leur volonté –qui est volonté de puissance, rappelons-le-.)

Vous devez être de ceux dont l'oeil cherche toujours un ennemi —votre ennemi. Et chez quelques-uns d'entre vous il y a de la haine à première vue.
(Il faut chercher des ennemis, et si possible son propre ennemi, c’est-à-dire son meilleur ennemi, celui qui permettra de s’affiner, de se remettre en cause et d’évoluer ainsi plus puissamment en soi-même, s’affirmer avec plus de puissance)

Vous devez chercher votre ennemi et faire votre guerre, une guerre pour vos pensées ! Et si votre pensée
succombe, votre loyauté doit néanmoins crier victoire!
(car alors on sera heureux d’avoir trouvé quelqu’un capable de nous mettre à bas : plus on est déstabilisé, plus la révolution est grande, plus la puissance des affects qui nous traversent lorsqu’on pense est démesurée, et alors la puissance nous pénètre –à la crête séparant folie et lueurs de l’âme-.)

Vous devez aimer la paix comme un moyen de guerres nouvelles. Et la courte paix plus que la longue.
Je ne vous conseille pas le travail, mais la lutte. Je ne vous conseille pas la paix, mais la victoire. Que votre travail soit une lutte, que votre paix soit une victoire!
(la paix permet un retour sur soi-même, là encore de s’affiner ; la longue paix est facteur d’affaiblissment, c’est l’arrêt du combat non seulement contre les autres mais aussi contre soi-même, hors il faut se surmonter… le travail, lire des livres et repenser ainsi ses concepts, les affiner, est moins enrichissant que la lutte, soit la discussion, le combat face à son ennemi. La paix est reposante, la victoire est grisante –donc plus puissante. Lire des livres, ce travail, est une lutte contre soi-même ; penser seul a parfois des accents grisants, ceux de la victoire sur soi-même... Et on en vient parfois même à décoller au dessus des eaux houleuses de la pensée, dans ces instants de magie que la poésie ou la musique, par exemples, son capables de produire –cette paix là est assurément une victoire.)

On ne peut se taire et rester tranquille, que lorsque l'on a des flèches et un arc: autrement on bavarde et on se dispute. Que votre paix soit une victoire!
(Deux sens là encore (comme pour la paix précédemment) pour flèches et arc : a. savoir saisir seul et pour soi-même les interstices d’une pensée ou démonstration (tirer une flèche dans une brèche de sens entre deux ensembles propositionnels) ; b. la flèche est celle que l’on tire vers ces hauteurs métaphysiques que l’on décrivait précédemment atteintes par la poésie ou autre –car à force de, on en vient à se connaître et à savoir grimper aisément sur des montagnes en pente douce…)

Vous dites que c'est la bonne cause qui sanctifie même la guerre? Je vous dis: c'est la bonne guerre qui sanctifie toute cause.
(très important : ça n’est pas au concept employé qu’il faut s’attacher pour justifier l’ardeur avec lequel on le défend, mais à l’ardeur qu’il faut s’attacher, quelque soit la cause ou le concept. La valeur se trouve dans la qualité et l’intensité dont est mue notre volonté, et non le prétexte qui en est la cause.)

La guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l'amour du prochain. Ce n'est pas votre pitié, mais votre bravoure qui sauva jusqu'à présent les victimes.
(souvent l’amour du prochain est œuvre de compassion passive face à la réalité des choses)

Qu'est-ce qui est bien? Demandez-vous. Etre brave, voilà qui est bien. Laissez dire les petites filles: “Bien, c'est ce qui est en même temps joli et touchant.”

On vous appelle sans-coeur: mais votre coeur est vrai et j'aime la pudeur de votre cordialité. Vous avez honte de votre flot et d'autres rougissent de leur reflux.
(il parle bien entendu de la volonté lorsqu’il évoque les flots)

Vous êtes laids ? Eh bien, mes frères ! Enveloppez-vous du sublime, le manteau de la laideur !
Quand votre âme grandit, elle devient impétueuse, et dans votre élévation, il y a de la méchanceté. Je vous connais.
(sûrement fait-il ici référence à un personnage paradigmatique comme David Strauss, tant décrié dans sa première inactuelle (il y faisait aussi référence plus haut chez les rats de bibliothèque…) ; c’est de la laideur de l’âme dont il est question.)

Dans la méchanceté, l'impétueux se rencontre avec le débile. Mais ils ne se comprennent pas. Je vous connais.
(l’impétueux ne se rend pas compte de son vide, en cela il côtoie le débile…)

Vous ne devez avoir d'ennemis que pour les haïr et non pour les mépriser. Vous devez être fiers de votre ennemi, alors les succès de votre ennemi seront aussi vos succès.
(le mépris est la glorification de soi-même, un sentiment statique qui ne permet pas d’évoluer ; mieux vaut haïr, au moins la puissance s’y manifeste –considérons bien que nous ne sommes pas maîtres de nos affects, c’est en cela que je dis qu’elle s’y manifeste : nous attachons notre attention aux causes (ou concepts, ou idées, cf. plus haut) et non aux sentiments en eux même : nous n’en sommes pas -encore- capables.)

La révolte —c'est la noblesse de l'esclave. Que votre noblesse soit l'obéissance! Que votre commandement lui-même soit de l'obéissance!
(il faut savoir s’obéir à soi-même et non s’éparpiller en de vaines exclamations décousues et sans fond : avoir la force d’affirmer et de se soumettre à sa propre affirmation ; la révolte pour la révolte est creuse, elle n’est que contradiction stérile –or c’est souvent le cas.)

Un bon guerrier préfère “tu dois” à “je veux”. Et vous devez vous faire commander tout ce que vous aimez.
(eh oui, le guerrier est un chameau !)

Que votre amour de la vie soit l'amour de vos plus hautes espérances : et que votre plus haute espérance soit la plus haute pensée de la vie.
(cercle vertueux permettant de se surmonter… Notre amour de la vie doit se déverser dans une forme abstraite, nos plus hautes espérances, et la plus haute de ces espérances correspond à la plus haute pensée de la vie qui puisse être…)

Votre plus haute pensée, permettez que je vous la commande —la voici: l'homme est quelque chose qui doit être surmonté.

Ainsi vivez votre vie d'obéissance et de guerre! Qu'importe la vie longue! Quel guerrier veut être ménagé!

Je ne vous ménage point, je vous aime du fond du coeur, mes frères en la guerre!—

Ainsi parlait Zarathoustra. »

1 commentaires:

Jérémie a dit…

un premier commentaire bien décevant...
tout ça pour cette remarque qui ne t'etonnera pas : tu es donc depuis quelque temps l'ami-né...