jeudi 14 septembre 2006

Perdu au monde...

On m’a souvent reproché d’être abstrait, ou je ne sais trop quoi… « Oui… Mais tu vois… Tes mots… Ils partent n’importe où, on ne comprends pas ce que tu veux dire, c’est pas clair » … Tout ça, quoi. Eh bien… Ai-je des lecteurs qui ne souhaitent pas soutenir leur attention plus de deux minutes ? Il ne faut pas prendre un texte pour lui-même, les amis… Tout se recoupe, et lorsqu’on dit quelque chose, on dit toujours la même chose, quelque soit l’angle de prise de vue… et parfois, certes, on trouve de nouveaux angles.
Ca va pas, là. Je ne me sens plus. Je ne comprends plus rien. Je ne crois plus en rien. A force de dire qu’il n’y a que – ça – qui vaut, cette énergie, la méditation, tout ça, j’ai déqualifié le réel, comme s’il n’avait plus aucune espèce de réalité à côté du sentiment interne qui me, qui nous, meut… Peu importe les évènements extérieurs, mon attention est fixée sur la puissance, la force interne et ses mouvements, …et le reste ? …Boaf ! De même, et là est plus grave, les mots n’ont plus de sens et je ne cherche même pas à leur en retrouver un… Et pourtant, ça a bien quelque chose de formidable le savoir, en soi et non vis-à-vis de mon étalon de valeur (l’internalité de l’individu)…
Le savoir a une valeur en soi, je m’en rend compte en continuant de lire Nietzsche : j’en suis à « la généalogie de la morale ». Fantastique. Lui a bien vécu ce que je cherche, ça c’est certain, mais pour autant il n’a pas déqualifié le langage et érigé la puissance comme seule chose qui vaille d’être vécue et à laquelle on dusse une attention… Il étudie et cherche, comme avant d’avoir été Zarathoustra, pour comprendre quels ont été les conditions historiques dans lesquelles se sont mues les milliers de volontés des êtres passés (des « forme de volonté », ces constructions psychologiques qui sont tout autant physiologique (car la conscience est un fait physiologique, ce qui n’aboutit aucunement à un matérialisme) ), qui ont empêchées les personnes de parvenir à l’idée de leur dépassement. Pourquoi « Jadis on disait Dieu, en regardant verse des mes lointaines ; je vous apprend à dire – le surhumain – », c'est-à-dire pourquoi il a d’abord fallu à l’homme ce concept de Dieu pour lui inspirer la grâce de l’être, et comment le « plan de la nature », du monde, incarné en la personne de Jésus, devait ne pas marcher, justement à cause de cette externalité qu’il y a en ce concept de Dieu : selon ce concept, on n’est pas soi-même moteur de sa propre grâce, mais une entité extérieur en est la cause efficiente, ce qui évite soigneusement de se tourner vers soi, et est le meilleur moyen pour la figure du prêtre pour s’arroger de la puissance en inventant les arrières-mondes.
C’est amusant… Cette démarche d’étudier les causes de la non possibilité de l’éveil de chacun dans notre monde présent et ses racines historiques a été la mienne l’année passée, après ma révélation d’hypokhâgne : il me fallait trouver les causes sociales, ce qui enferme la volonté, pourquoi ne se dépasse-t-on pas… ? J’ai cherché. J’ai trouvé des discours très puissants à l’explication de ce phénomène (« la société du spectacle », ou la passivité morne du vouloir-vivre de notre temps), j’ai brassé du concept à plus savoir qu’en foutre, suis passé de discours en discours, affûtant toujours plus la lame de mon rasoir, toujours plus capable de trancher la moindre tête obstinée qui se présenterait devant moi – trancher des têtes conceptuellement, voilà un sport des plus raffiné –, bref, j’ai en ce lieu acquis une puissance propre à défier chacun, et cette puissance est le reflet de mon assurance, de ma certitude en l’existence de cet autre lieu de la conscience de soi que je connais.
Car il y a toujours un « mais ». Lorsque l’araignée lance son fil, et quand bien même elle aurait travaillée des années à la confection de sa toile (je n’y ai pour ma part passé qu’un peu plus d’un an), vous savez, lorsque « ça travail, ça travail… », vient un jour où elle se fatigue d’elle-même : « mais de quoi te sert-il de tirer tout ce monde vers le haut ? Se dit-elle. Pourquoi t’acharnes-tu à vouloir emmener avec toi tant de gens sur la montagne ? …Serait-ce parce que tu as peur d’y aller seul ? Serait-ce parce que, fort de toute la puissance que tu démontres – et non que tu montres –, tu n’es même pas capable de te dépasser toi-même pour toi-même, il te faut encore un compagnon, un garant de ta volonté, un témoin de ta grandeur… Mais de qui cherches-tu donc à te faire le héros ? …Pauvre idiote ! » Elle s’est rendu compte de la vanité de sa démarche !... Ce serait comme… Comme une flaque d’eau qui tente de s’élever en hauteur pour se faire volume, pour se faire grandeur, pour montrer à tous la beauté de ses reflets translucides lorsque la lumière vient à se réfracter dans les mille prismes que les remous de son corps font naître… C’est alors qu’elle s’élance vers les hauteurs des ses démonstrations, dans ces moments où on la croirait maîtresse de sa propre pesanteur, où dans son regard plus que dans ses mots, se reflète le son de la grâce… Mais lorsqu’elle montre à tous, ne montre-t-elle pas qu’à elle-même, ne cherche-t-elle pas après tout que son propre monde, en faisant mine de l’offrir aux autres ?
Une promesse les amis, une belle promesse que le tintement exalté des gestes emportés par les mots transportés du regard… Mais si elle était vraiment humble, cette flaque d’eau, si elle était si puissante qu’elle le prétend, elle saurait déjà sa beauté, elle connaîtrait en elle-même ses reflets, elle n’aurait pas besoin de les faire voir pour s’assurer de leur existence potentielle, elle n’aurait pas besoin de s’agiter de toute part pour croire en elle-même… Et dans les lieux où en gros caractère se lit la force, il faut démasquer la faiblesse ! Ô tourbillons de l’âme, ô légèreté apprêté, ô saleté des mots, sale araignée, tu te laves dans de l’eau sale… Vas donc, vas donc, telle la chenille couver ton cocon, et n’en ressors pas avant de pouvoir voler au-dessus de nous en beau papillon… Alors tu sauras, alors tu seras ! Alors, ta légèreté sera ta nature et non plus un tour de force forcé de bouffon de roi, alors ta beauté sera le rayonnement de ton être et non plus une vaine promesse que tu n’es même pas apte à tenir, alors ton mouvement aura naturellement la fluidité que tu lui cherches dans tes humeurs exaltées… « Alors vas donc, vas donc !... », lui répéta le génie de sa volonté qui toujours l’accompagnait sur son Chemin, lui laissant prendre les détours qu’elle voulait prendre mais la rattrapant toujours lorsqu’elle s’égarait trop loin sur le bas-côté « Vas donc, mais n’oublie pas ceci : lorsqu’on en vient à couver un cocon, c’est d’abord de l’extérieur qu’il faut se défaire avant de pouvoir se métamorphoser de l’intérieur »… Le génie de la volonté, c’est la capacité de contradiction qui se trouve en chacun, c’est, lorsqu’on veut, la volonté contraire qui fait tout de suite face, le moteur de l’existence, la contradiction, ce qui fait avancer : si tu veux ça, tu ne pourras le faire qu’en faisant ça… L’intelligence de la situation, voilà le génie de la volonté.
Mais explicitons nos digressions métaphoriques : ce « mais » que l’on peut trouver deux paragraphes plus hauts, était celui de mon immaturité : je croyais pouvoir porter le monde alors que je ne l’avais, ni ne l’ai, encore vécu du tréfonds de mes entrailles, apporter un être en le nommant… Erreur : « Tes fruits sont mûrs, Zarathoustra, mais tu n’es pas encore assez mûrs pour tes fruits ». Je me suis donc heurté à… Quoi ? De la connerie ? Non, de l’inconscience… Si moi j’avais un projet en allant étudier l’histoire, la sociologie et la philosophie, celui que j’énonçais précédemment (les causes qui font que l’on ne peut se défaire de la lourde carcasse de notre humanité pour aller vers le surhumain), je rencontrais des gens qui pensaient sans savoir pourquoi, et qui d’ailleurs ne se posaient même pas la question, ne saisissant pas que c’était là la seule chose qu’ils cherchassent, en fuyant le cœur de leur questionnement parmi des objets éparses comme « ce qu’il faut changer dans la société pour vivre bien », ou même (car là on était déjà proche de la vraie question) « que veut dire « ataraxie » ?»… De toute façon, ils auraient pu se poser n’importe quelle question, ils n’avaient pas les armes pour y répondre, ne se figurant même pas que l’ataraxie fût un état à soi et à son corps à chercher, et non pas un concept dont il faille trouver une définition pour l’articuler avec d’autres. J’ai rencontré chez ces chercheurs moins de chercheurs qu’il y en a partout ailleurs – je parle de ceux qui cherchent leur (sur)humanité –, leur problème étant qu’ils offrent à leur démarche une valeur en soi (puisqu’au plus proche – soi-disant – de l’objectivité) supérieure à la recherche de leurs états d’âme, ils se fixent vers une extériorité (le concept) au lieu de s’attentionner à leur intériorité… Quelle fatigue que de côtoyer tout cela, quelle fatigue !
…Et pourquoi donc avais-je voulu chercher le problème dans des causes extérieurs ?! Pourquoi se dire « Ah, les pauvres, s’ils ne comprennent pas leur volonté, s’ils ne s’y attachent pas c’est à cause de tous les objets de consommation qui leur sont offerts, de la passivité au monde qui est aujourd’hui la valeur de toute chose (écouter son mp3, regarder la télé, prendre des photos… Au lieu d’écouter son âme, regarder sa volonté se mouvoir en soi-même, vivre sans le tronquer l’instant qu’il nous est donné de vivre, c’est-à-dire sans tronquer le moment de sa volonté – comme lorsqu’on donne plus de valeur à la photo qui sera prise au moment où on souffle le gâteau d’anniversaire qu’au moment lui-même, qui est censé relever d’une certaine magie avec ce vœux et tout... Et le pire, c’est que tout le monde se sent mal dans ces moments d’attente débile, où alors qu’on était tous ensemble autour de ce gâteau à prétendre vivre un moment de joie prometteur trois pervers viennent nous dire « attends, attends, attends, la photo… » et c’en est déjà fait, on est tous dans un ascenseur à attendre bêtement que la vie puisse reprendre ses droits, face à l’instant qu’il faut absolument conserver quelque part, souriant bêtement en attendant de raccrocher le mouvement de l’existence, qu’enfin l’on souffle les bougies et puisse rire de bon droit – c’est de cela qu’il s’agit… Ca a l’air bête, hein, dis comme ça, c’est peu de chose finalement… Mais c’est tout le temps comme ça.) », plutôt que se dire « Tous des faibles, et laissons-les crever dans leur médiocrité plutôt que de se fatiguer à les voir polluer leur être ». …Pourquoi ? Sûrement par une forme de compassion idiote, de faiblesse personnelle… Mais s’il fallait dire à chacun sa vérité à chaque instant, il est bien sûr que nous n’aurions plus d’amis, et l’on se fatiguerait pour rien à se fâcher avec tous. Un étau, voilà ma faiblesse… Bref, ne nous étendons pas sur des lamentations qui ne cherchent que leur réconfort. Il faut parfois être dur avec soi-même si l’on veut en tirer quelque chose. Et si je suis intransigeant avec moi-même, pourquoi ne le serais-je pas avec les autres ? C’est vrai ça… ben tout simplement car ils ne le sont pas avec eux-mêmes et ne le comprendraient pas : ils iraient même jusqu’à croire qu’on, que je, leur en veux… Alors « laisse tomber » je crois.
…Où en étais-je, déjà ? Ah oui, requalifier la réalité du langage, son pouvoir, sa puissance. C’est qu’à force de lancer des fils, lorsqu’on a la lame longue et aiguisée, elle est de plus en plus lourde à porter, et alors, lorsqu’on en vient à rencontrer des cons, ou, pardonnez-moi, des inconscients de leur réalité,… on n’a même plus envie de les tirer vers le haut ! Lorsque je rencontre quelqu’un par exemple qui me dit « mais oui, il faut respecter les lois car nous sommes en démocratie et nous avons choisis nos gouvernants et nous sommes libres, et du coup tout est bien en ce monde » (je grossis le trait, mais, à mon grand dame, pas tant que ça). Lorsque je rencontre une telle personne, je me dis tout naturellement « mieux vaudrait la tuer tout de suite », car je n’ai pas envie de commencer une argumentation retord qui devrait sûrement durer des heures face à une personne qui de toute façon n’a pas une volonté de vérité mais une volonté d’avoir raison… Comprenez-vous mon sujet ? J’en ai MARRE !!! de toute cette connerie qui s’étale devant le monde. Je n’ai plus la force de combattre : lorsqu’on frappe dans la merde, ça éclabousse ! Du coup, je n’ai même plus envie de discuter… A quoi bon ? Ca me fatigue, de discuter, et ça me fatigue d’autant plus que j’ai raison, pour avoir entrevu ce dont je parle – le dépassement de soi-même –. Et du coup, fatigué que je suis, je m’affaiblis à mesure que le temps avance, je n’ai même plus envie d’aller vers l’autre, l’emploi d’un mot ou de tel autre m’est égal, puisque ce n’est pas ça qui vaut… Je me retrouve sans rien, détroussé, faible, attendant que le temps se passe et que la contingence me soit plus heureuse…

Bon. Tout ce que je dis est fouillis, tout ce que je dis est fouilla, je n’ai pas de plan, je ne construis pas mon propos, mais c’est que je veux tout dire. Enfin… il y a de la richesse dans mes propos et peut-être un jour avoir des traces comme cela me permettra de construire quelque chose, réellement, de m’exprimer clairement avec un début, un milieu et une fin (pas comme là, où je rappel sans cesse à des paragraphes précédents et où il faut se remémorer ce qu’on a lu pour comprendre la suite, ce qui implique de posséder le texte et tout et tout. Pardon pour ces faiblesses, quand j’en aurai la force je les corrigerai…)

1 commentaires:

Hadrien a dit…

Tu auras mis du temps...
Tout va s'arranger.