samedi 1 juillet 2006

Zarathoustra, ou le livre merveilleux...

Ce livre… Est des plus fantastiques qui soit. Ou plutôt non. Il est le plus fantastique qui soit.
Hier soir, alors que j’allais me coucher pour de bon, je parcourais l’index à tout hasard, choisissais l’article « du surpassement de soi » (ou « de la victoire sur soi-même), et tombais sur… Moi. Et c’est ainsi qu’il en est, toujours… On redécouvre ci, là, une chose sur laquelle on avait glissé. Pas par manque d’attention, non… Mais c’est que cet ouvrage décrit des états, des étapes de chacun vers la volonté de puissance. Si je suis alors dans un état donné et que j’ouvre un certain article, je m’y retrouverai, et pas dans d’autres alors qu’il se peut parfaitement que je m’y retrouve cinq jours plus tard… La parabole, la métaphore et sa magie, sont aussi là pour dire : il n’y a rien qui vaille éternellement, il n’y a que des moments de soi, moments dans lesquels on se complait plus ou moins avant d’en trouver la clef du dépassement et de passer à autre chose encore, un autre chapitre… Mais attention, il n’y a pas d’ordre, c’est pour cela que tous les chemins mènent au Chemin : juste savoir faire honnête reconnaissance de ses propres travers, voilà qui fait avancer…
Je suis au pied du mur… Je vous livre donc un extrait qui m’exprime mieux que moi-même.


De la victoire sur soi-même

« Vous appelez « volonté de vérité » ce qui vous pousse et vous rend ardents, vous les plus sages parmi les sages.
Volonté d'imaginer l'être : c'est ainsi que j'appelle votre volonté !
Vous voulez rendre imaginable tout ce qui est : car vous doutez avec une méfiance que ce soit déjà imaginable.
Mais tout ce qui est, vous voulez le soumettre et le plier à votre volonté. Le rendre poli et soumis à l'esprit, comme le miroir et l'image de l'esprit.
C'est là toute votre volonté, ô sages parmi les sages, c'est là votre volonté de puissance ; et aussi quand vous parlez du bien et du mal et des évaluations de valeurs.
Vous voulez créer un monde devant lequel vous puissiez vous agenouiller, c'est là votre dernier espoir et votre dernière ivresse. »



« Les simples, cependant, ceux que l'on appelle le peuple, — sont semblables au fleuve sur lequel un canot vogue sans cesse en avant : et dans le canot sont assises, solennelles et masquées, les évaluations des valeurs.
Vous avez lancé votre volonté et vos valeurs sur le fleuve du devenir ; une vieille volonté de puissance me révèle ce que le peuple croit bon et mauvais.
C'est vous, ô sages parmi les sages, qui avez placé de tels hôtes dans ce canot ; vous les avez ornés de parures et de noms somptueux, — vous et votre volonté dominante !
Maintenant le fleuve porte en avant votre canot : il faut qu'il porte. Peu importe que la vague brisée écume et résiste à sa quille avec colère.
Ce n'est pas le fleuve qui est votre danger et la fin de votre bien et de votre mal, ô sages parmi les sages : mais c'est cette volonté même, la volonté de puissance, — la volonté vitale, inépuisable et créatrice.
Mais, afin que vous compreniez ma parole du bien et du mal, je vous dirai ma parole de la vie et de la coutume de tout ce qui est vivant. »

Ici, afin d’amoindrir la volonté de puissance des sages dont il parle, Nietzsche leur révèle la réalité du monde, tout en le faisant par des mots. Et comme chacun sait, une expérience de type supérieur ne peut réellement se transcrire par des mots (si elle est réellement supérieur…), elle est à vivre et à être… Il leur dévoile donc ce dont ils se méfient le plus : le fait que l’on puisse nommer cette réalité. Mais en faisant cela, il leur montre à quel point la conception, concevoir, est vile en regard de l’être : il cherche donc à diminuer leurs prétentions à tout penser et nommer. Et d’ailleurs, si lui a accédé à cela, il n’y a accédé que grâce au fait que lui-même s’était dépassé, il dit une vérité, La Vérité, mais combien pauvre en regard du fait de la vivre. En même temps, celui qui pense ne peut jamais affirmer totalement la vérité ou dire ce qu’elle est puisqu’il n’y a pas d’accès direct. Ainsi, en affirmant ce qui est, Nietzsche leur montre encore leur petitesse…

« J'ai suivi ce qui est vivant, je l'ai poursuivi sur les grands et sur les petits chemins, afin de connaître ses coutumes.
Lorsque la vie se taisait, je recueillais son regard sur un miroir à cent facettes, pour faire parler son oeil. Et son oeil m'a parlé.
Mais partout où j'ai trouvé ce qui est vivant, j'ai entendu les paroles d'obéissance.
Tout ce qui est vivant est une chose obéissante.
Et voici la seconde chose : on commande à celui qui ne sait pas s'obéir à lui-même.
C'est là la coutume de ce qui est vivant.
Voici ce que j'entendis en troisième lieu : commander est plus difficile qu'obéir. Car celui qui commande porte aussi le poids de tous ceux qui obéissent, et parfois cette charge l'écrase : — Dans tout commandement j'ai vu un danger et un risque. Et toujours, quand ce qui est vivant commande, ce qui est vivant risque sa vie.
Et quand ce qui est vivant se commande à soi-même, il faut que ce qui est vivant expie son autorité et soit juge, vengeur, et victime de ses propres lois. »

…C’est là mon cas.

« D'où cela vient-il donc ? Me suis-je demandé. Qu'est-ce qui décide ce qui est vivant à obéir, à commander et à être obéissant, même en commandant ?
Écoutez donc mes paroles, ô sages parmi les sages ! Examinez sérieusement si je suis entré au coeur de la vie, jusqu'aux racines de son coeur !
Partout où j'ai trouvé quelque chose de vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance ; et même dans la volonté de celui qui obéit j'ai trouvé la volonté d'être maître.
Que le plus fort domine le plus faible, c'est ce que veut sa volonté qui veut être maîtresse de ce qui est plus faible encore. C'est là la seule joie dont il ne veuille pas être privé.
Et comme le plus petit s'abandonne au plus grand, car le plus grand veut jouir du plus petit et le dominer, ainsi le plus grand s'abandonne aussi et risque sa vie pour la puissance.
C'est là l'abandon du plus grand : qu'il y ait témérité et danger et que le plus grand joue sa vie.
Et où il y a sacrifice et service rendu et regard d'amour, il y a aussi volonté d'être maître. C'est sur des chemins détournés que le plus faible se glisse dans la forteresse et jusque dans le coeur du plus puissant — c'est là qu'il vole la puissance.
Et la vie elle-même m'a confié ce secret : « Voici, m'a-t-elle dit, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même.
« A vrai dire, vous appelez cela volonté de créer ou instinct du but, du plus sublime, du plus lointain, du plus multiple : mais tout cela n'est qu'une seule chose et un seul secret.
« Je préfère disparaître que de renoncer à cette chose unique, et, en vérité, où il y a déclin et chute des feuilles, c'est là que se sacrifie la vie — pour la puissance !
« Qu'il me faille être combat et devenir et but et contradiction des buts : Ah ! celui qui devine ma volonté, celui-là devine aussi quelles voies tortueuses elle doit emprunter !
« Quelle que soit la chose que je crée et la façon dont j'aime cette chose, il faut que bientôt j'en sois l'adversaire et l'adversaire de mon amour : ainsi le veut ma volonté.

…Voilà bien mon impasse !

« Et toi aussi, toi qui cherches la connaissance, tu n'es que le sentier et la piste de ma volonté : en vérité, ma volonté de puissance marche aussi sur les traces de ta volonté du vrai !
« Il n'a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la « volonté de vie », cette volonté — n'existe pas.
« Car : ce qui n'est pas ne peut pas vouloir ; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie !
« Ce n'est que là où il y a de la vie qu'il y a de la volonté : pourtant ce n'est pas la volonté de vie, mais — ce que j'enseigne — la volonté de puissance.


Une meilleur traduction à l’expression de ce qu’il cherche à exprimer (oui, ceux qui trouvent que la redondance verbale dissone à l’oreille, ceux-là ont tort : dans le cas présent, il s’agit de faire sortir quelque chose, et quelque soit le mot pour l’exprimer il s’agit toujours de la même chose… Il convient alors d’employer le même mot, pour ne pas se perdre avec, et dans, ceux-ci, à cause le degré de réalité qu’ils se donnent du simple fait d’exister !!), trouvée dans la collection « livre de poche », donne :

« Certes celui-là n’a pas atteint la vérité qui lança vers elle le mot qui parle de « volonté d’être là » : cette volonté, — elle n’existe pas !
Car : ce qui n’est pas, ne peut vouloir ; mais ce qui est dans l’être, comment cela pourrait-il encore vouloir parvenir à l’être ? »

(et vérification faite, il écrit « Dasein » en allemand… La seconde traduction est donc la meilleure) ; Suite :

« Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même ; mais c'est dans les appréciations elles-mêmes que parle — la volonté de puissance ! »
Voilà l'enseignement que la vie me donna un jour : et c'est par cet enseignement, ô sages parmi les sages, que je résous l'énigme de votre coeur.
En vérité, je vous le dis : le bien et le mal qui seraient impérissables — n'existent pas ! Il faut que le bien et le mal se surmontent toujours de nouveau par eux-mêmes.
Avec vos valeurs et vos paroles du bien et du mal, vous exercez la force, vous, les appréciateurs de valeur : ceci est votre amour caché, l'éclat, l'émotion et le débordement de votre âme.
Mais une puissance plus forte grandit dans vos valeurs, une nouvelle victoire sur soi-même qui brise les oeufs et les coquilles d'oeufs.
Et celui qui doit être créateur dans le bien et dans le mal : en vérité, celui-là commencera par détruire et par briser les valeurs.
Ainsi la plus grande malignité fait partie de la plus grande bénignité : mais cette bénignité est la bénignité du créateur. —
Parlons-en, ô sages parmi les sages, quoi qu'il nous en coûte ; car il est plus dur de se taire ; toutes les vérités que l'on a passées sous silence deviennent venimeuses.
Et que soit brisé tout ce qui peut être brisé par nos vérités ! Il y a encore bien des maisons à construire ! —
Ainsi parla Zarathoustra. »

Pour le dernier extrait, je connais bien le problème et le secret qu'il a à nous révéler... Et voilà bien mon malheur : encore une frontière de ma volonté à surpasser, dépasser... !

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