le 19/12/2005 (soit, chronologiquement, entre "viv'reuu" et "à celui qui cherche,...")
Une autre voie, plus dure, plus radicale. Le temps et sa propre suppression, l’acceptation, et s’enfouir dans la longueur, l’écrasante satiété de tout ce qu’humain a créé. C’est-à-dire… S’épuiser, de vivre, se dégoûter, de tout ce qui entoure. A cette fin, rejeter tout, matériellement : saisir l’espace, saisir le temps, mais non des objets, mais non des moments. Tout coule, dans la continuité retrouvée tout se déroule comme si de rien n’était alors que tout était déjà là. A s’en dégoûter, on ne se dégoute que de la sphère humaine. De sa sphère seulement, non de sa puissance. Dégoûté de tous ses enfermements intégrés dans les rouages de son cœur son corps. Tant bien que rejaillit tout sans qu’il n’ait été besoin de le demander. Oui, c’était là, mais tout l’en avait détourné. …Tout. Et cela faisait beaucoup.
Alors il fallait retrouver la perception, retrouver la sensation qui était déjà là, sans ce qui s’y était sur-ajouté. On n’y vient. Toute la création de notre monde, la création humaine, s’était perdue dans les fumeries de son confort. Oubliant sa sereine présence : plutôt que de se bercer de son existence, il préférait se pavaner dans son espace, s’amolissant dans les bains chauds de son contentement, délecté des pâtisseries crémeuses et envoutées de la suffisance. Tout était nuée de douceur, enrobée de sympathie marchande et de pouvoirs parvenus et convenus. A ce titre, il l’avait bien mérité. « Le monde rationnel » avait-il dit, mais en fait, le monde rationnel avait déjà dit avant lui. Mais qu’avait-il vu ? Rien. Ou bien tout, puisque tout en ces temps tout n’était qu’à voir. Avoir. Il est bien évident que dans ce contexte, « Être » serait dissonant. Et effectivement, Être était dissonnant : quelle redondance malheureuse !
Partir, à point nommé en ce temps. Non ces fatuité que l’on nomme vacances, enrobées dans le style plaisant de la négation de la vie. Partir et quitter les dissonances de son espace, la bien nommée urbanité. Tout y était conçu, tout y était dit : vous ne pouvez rien, mes amis. Vous ne pouvez rien. Et rien n’a pu y faire. La cime rit, c’était le temps qui ne se laissait pas être déroulé, forcé par les crissements de la « modernité » : les arrachements à la bien aimée félicité que tout cet espace execré travaillait au cœur du petit d’homme. Et du cœur, il en a fallu. Mais pas pour excuser tout cela, non. Trop facile. Cela ne mène nulle part. D’exemples en exemples tout au plus, non. Il fallait s’ériger tout entier dans l’image de la non-vie afin de pouvoir retrouver ailleurs la resurgence de l’existence. Pétrir le sentiment de ce qui s’érige sur le néant, puis quitter ce néant (du moins partiellement tant celui-ci se plaît à recouvrir partout le monde de sa salissure, piètre bavure de cancrelats avides de leur propre vide qui trouvent dans ce qu’eux-même produisent la parfaite réification de ce rien, leur « bonheur »). Pétrir ce sentiment, le travailler, le retourner et bien l’examiner : on n’y trouve que le creux d’une vie en creux, le palimpseste d’une volonté à ce point distanciée d’elle-même que chaque étant disant « moi je » s’en trouverait aussitôt ridicule. Quelle misère humaine ! …je préfère en faire abstraction. S’ériger tout entier contre ce temps, cette perception, ce mode d’être technique et anémié pour lequel tous les actes se suivent et s’enchaînent parce-qu’ils se suivent et s’enchaîne, sachant pour quelle quantité se servir de quelle boîte de plastique, comment et en combien de temps et quel jour acheter sa carte de transports en commun qui n’ont de commun que le nom, comment taper un code sur une machine de plastique afin d’obtenir « un bien », comment compter, écrire et finalement se perdre sans cesse dans les modalités sans cesse renouvelées de ce sacré saint Choix que nous offrent les rêveries sans hontes des porteurs de fatalité qui s’expriment librement jour après jour sur du papier vieilli, ainsi que dans un petit carré qui produit sons et lumières. Et chercher autre chose. Puisque tout était moisi. Puisque tout, sous les mains de la raison dialecticienne, tout, élevé dans les airs de la liberté, ne tenait pas, ne tenait plus et s’effritait à mesure que plus haut on le portait, cherchant en vain de quoi sauver une miette de positivité. Tout était alors à rejeter, sans honte, sans vergogne, mais aussi sans la puissance de la joie. S’éteindre.
Et pourtant, le lion avait de quoi séduire. Oui, il était bon d’être chameau et de se dire lion, mais l’enfant toujours endormis influença de son intention les deux antagoniste qui se bataillaient : tout est là, qu’est besoin de contradiction ? Tout est là mais il fallait aller le re-chercher, et sûrement il n’aurait pu être trouvé dans les nimbes de ce brouhaha pour humains souhaitant dormir. On aurait dit qu’il était à la campagne. Quel leurre que ce mot, il ne fallait pas espérer que cette dimension soit une illusion de plus. L’espace de la production y est le même, mais la densité spatio-temporelle « moderne » n’a pas réussi encore à en recouvrir tous les aspects, quand bien même les esprits lui sont déjà depuis longtemps soumis. Alors profitons, alors jouons.
Puisque tout le monde humain ne vallait plus rien, que pouvait-il bien chercher, où pouvait-il bien trouver ? Dans le temps de l’écoulement, et non-plus le temps des damnés endeuillés dans leur production consommée. Dans l’espace de la fixité mouvante, et non-plus l’espace des damnés endeuillés dans leur production consommée. Il n’y avait plus que là que l’on pouvait le trouver, encore qu’il avait bien fallu le chercher longtemps pour savoir que tout était déjà là :
Au-dessus de l’herbe glacée s’est balancé l’arbre endeuillé.
Et tout, Tout, mes chers frères, se trouvait là.
Au-dessus de l’herbe glacée s’est balancé l’arbre endeuillé. Dans le paysage, l’oeil comme un enfant se perd, retrouvant la satiété de l’Être. Le bonheur de voir, le bonheur de savoir que tout est là, et tout y restera pour bien longtemps encore. Au-dessus de l’herbe glacée s’est balancé l’arbre endeuillé… de faibles mouvements ; juste l’intuition du vent ; ce que l’on pourrait dire d’un monde latent. La beauté, faut-il la nommer, trouve son expression parfaite dans la densité de la causalité.
Que cela était bon mes frères. Après ces retrouvailles, il me faut désormais retrouver le corps du temps.
Si vous avez besoin d’échasses :
-La société du spectacle (Debord)
-Ainsi parlait Zarathoustra, (Nietzsche)
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1 commentaires:
Oui, un petit besoin d'échasses (tu livres par Chronopost ? je peux payer par carte bancaire ? ^^), non seulement pour mieux comprendre, mais aussi pour prendre de la distance, lire avec du recul ton texte, le saisir, l'englober dans une vision appropriée...
Le Lion et le Chameau, charmantes connaissances... sur leur dos, on voit aussi probablement mieux... :-)
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