dimanche 12 mars 2006

Dans le train, libération de Chambéry et de son emprise (le 6/02/2006)

Ante-scriptum : ce texte fut écrit quelques deux jours après "de l'araignée prise à son propre piège"... Quelle libération !

C’est fou ça, trois jour que je produit de la pensée, et je n’avais pas vu le soleil… Je sors dans la rue aujourd’hui à quinze heures, et le vois enfin, depuis trois jours que celui-ci se trouvait nié par la buée de l’atmosphère, ou brume qui de la lumière tait le nom tout en déterminant une coloration a-temporelle atonne à l’existence…
Je suis dans le train, et à moi s’ouvrent des montagnes que jusque-là je n’avais pu voir, n’avais pu penser dans cet espace qu’est cette ville, Chambéry. Les voyant pour la première fois, je m’écris de stupeur, de joie et d’étonnement, poussant un son venu des entrailles. Et rien que ce cri, rien que ceci m’a tout ancré dans une dynamique différente, la lumière se fait jouir et le temps a repris de son cours…
C’est un bain fantastique dans cette vallée irradiée diffuse de lumière ; de gigantesques ombres de terre ceignent le ventre d’un halo de brouillard qui s’encaisse dans le doux mâtiné que lui offre ce recoin de l’espace… À ma gauche s’étend un monstre de paresse, tout reclus perclus dans les plis de son âge… Je retrouve la description des paysages de l’Inde, de ces montagnes écrasant l’existence et passe devant celles-ci ici sans souci de mon égarement. Le train ralentit à Aix, la sensation de parcourir une autre réalité s’apaise… Un petit château borde les rails, souvenir d’un temps art déco enveloppé de sucre. Je suis tué, je m’éclate, la chaleur des rayons du soleil est le temps de la réconciliation avec soi, de se rassurer que tout existe bien et que le temps continue effectivement. Que voulez-vous… Tout s’épanche dans un désir de paresse, voilà le monde : il se contracte et se dilate au sein même du ressentir selon les occurrences que lui apportent la vie courante, et aussi le climat, le voyage et toute cette coupure existentielle que celui-ci suppose ; voilà le monde : au moment où tout se dissout, où tout se renverse de lui-même et où la chose qui se meut en moi s’approche du précipice du non-être, l’existence vient me rappeler que la vie est un bain de lumière… Et j’écris cela et le train passe sur un lac ceint de montagnes, m’irradiant de mon propre propos le reflet du soleil frétillant sur les hasards remuants de l’eau. La beauté me laisse coît en drappé de lin pâle, et la sensation, un doux fusain inonde l’horizon perdu dans la noirceur de l’ombre géante parachevée par le soleil qui la domine et diffuse l’atmosphère dans la blancheur du profond… La mer, c’est la mer que je vois et qui me dit bonjour alors que nous passons à flan de roc… La mer ! Elle qui parcourt mes rêves d’enfant d’aller la rejoindre et voyager avec elle dans les voiles de la satiété de l’être, la mer !! La mer sur laquelle ce soleil luit encore et berce l’identité du temps. Ces bleus qui vont se perdre et se tuer sur la blancheur opaque des radiations solaires sont comme la limite de l’insondable. Que ce souhait inattendu de revoir la mer se réalise en cet instant est proprement fantastique, dominé par les forces terriennes de ces ombres, toujours là par le diffus orangé d’un or de platine discutant avec les canards qui restent là, dans l’inertie du temps réel… Dites vous qu’ils restent là pour un temps énorme, que c’est leur vie, ce lac, cet endroit plus les autres parcourus… Deleuze dit que chez les animaux c’est le fait d’avoir un « monde » qui le fascine, limité mais qui a toute son unité. Voilà la beauté du temps mort de l’hiver, celle d’une montagne et d’une eau vide et sans hommes… Car si du temps tu peux user, emplois le à créer, créer par-dessus tout, par-dessus toute autre activité que tu connaisses, par dessus tout ! C’est là que résonne ton cœur, en attendant que sa coquille ne se fracasse et retrouve la vie pleine de cette nature qui sans cesse fascine ce cœur à travers la coquille…. Ô joie et puissance, tout est bon, tout est bon et s’écoule lentement au-dehors qui entraîne le dedans, comme par ces effets de physique des fluides où l’impulsion d’une goutte, d’un ensemble, bouleverse tout sur son passage, créant en même temps son équilibre par le reflus d’un coutre courant… Mais l’impulsion est là, et elle traverse !!
Si bien que le ciel vient à se dégager, et le paysage nous redonne du marron de ces arbres morts et figés dans le temps. Mais pas grave a dit la nature, mais pas grave… Elle t’a montré la puissance de son devenir dans les eaux est les montagnes… Et en toi ! Elle t’a montré tout cela et tu comprends pourquoi, pourquoi cette staticité est nécessaire à la maturation de l’être, au développement de la volonté de puissance en le monde, pour employer des mots qui ne sont pas les miens…
Et bien sûr que cette montagne qui se présente encore, nouvelle, aux yeux, vient rire encore de la route qui se dandine au premier plan de mon champ de vision, et sans doute je ris moi-même de la grandeur du sentiment qu’apporte la puissance de cette montagne face à la médiocrité sans fond que réifie cette route… À mince alors, l’humain n’est pas le tout !! …Fallait attendre la nature pour nous le dire ! …

L’Être, rien que de le nommer il vient à naître.

C’est alors le langage qui se fait verbe.

C’est alors qu’il fallait saisir l’impulsion de son émanation, et non le nom.

Depuis combien de temps n’avais-je pas vu la ridiculité de l’humain face à ces monstres temporels dont l’apparaître signifie déjà l’éternité du temps. C’est sain, c’est extrêmement sain de vivre au côté de cette immensité physique… Cela rappel à beaucoup de choses dont on a du mal à se souvenir lorsqu’on se trouve dans la ville et seulement la ville… Du moins moi les vois-je seulement maintenant, et elles se donnent à mon sens des choses…

Dans l’écriture, la délicatesse des doigts n’atteint pas la fougue du poignet, bien que cela soit plus reposant, je l’accorde.

La neige nous offre encore la doucereuse vue de son état, ainsi que ces bâtisses de bergers oubliées dans ces recoins de roche ; à la mort des arbres elle oppose la vigueur du caractère.


La vie présente parfois de ces unités du sentiment qui trouvent celle-ci dans le temps, l’espace et le moi… mais dont il reste toujours difficile de leur donner un sens dans l’ensemble : je me sens à présent séparé du sentiment de bas que j’avais dans ce brouillard de Chambéry et demande : « où est le monde, que dois-je faire, quel est le vrai dans ce qui est et se développe, tant dans ce monde qu’en notre monde à nous, humains… A quoi m’attacher pour réaliser ma destinée que je veux la plus haute dans le référentiel de l’être ? »

1 commentaires:

Hadrien a dit…

"je m’écris de stupeur" Délicieuse erreur de conjugaison...

Ton texte m'évoque à nouveau un extrait, plus court, cette fois.

"- Oh, regarde derrière toi, tu comprendras. D. se retourna et il se produisit bien le choc prédit par A. Sauf que c’en était un autre : celui dû à la lumière du soleil. Elle l’avait agressé violemment, en rendant la vie à ses cônes et bâtonnets, mots scientifiques non abolis victimes d’inanité lumineuse. Ses yeux le chatouillaient presque, car le soleil était d’une douceur extrême, conscient de sa force. Il avait donc décidé de répandre à nouveau ses rayons mais de manière progressive, si bien que le ciel se dégageait lentement et que les choses reprenaient leur apparence habituelle, revenues presque par miracle de l’ombre. Quelque peu incrédules, A. et D. sortirent du hall et se baignèrent l’esprit de lumière et de vie. Car il était la vie, ce Soleil bon, qui rend plus limpides les choses, qui facilitent même le travail des sens, mieux, leur donne un sens. Surtout en matière de vision car qui peut voir dans le noir absolu ? Même les chats ne le peuvent pas. Tout comme toucher l’inconnu sans un peu de lumière, saisir les sons des illuminés, goûter une pastèque dégorgée de soleil et en sentir les effluves vivifiants... Il faisait à nouveau jour : les nuages étaient pourtant toujours là, notamment les quatre aisément reconnaissables que D. avait repérés à la sortie de la salle (il possédait la capacité de cerner les nuages, les connaissait comme des amis, passion qu’il taisait par crainte d’être accusé de poète et donc d’irraisonné). Le soleil était encore voilé mais les nuages avaient subitement perdu leur capacité de filtrage. A vrai dire, D. les comparait souvent à une espèce de machine à café. Le Soleil livrait sa lumière, brute et insupportable et les nuages la moulaient et laissaient passer des photons moins violents pour les êtres vivants. Tant de douceur, de gentillesse dans les nuages, n’est-ce pas formidable ? se demandait D., rêveur. "