mardi 10 mars 2015

Petit conte des bois...


  Il était une fois, un homme enfermé dans une cage de bois. Une cage cachée sous d’immenses arbres, aux feuillages si touffus que pas un seul rayon de soleil ne passait au travers…

  Et cet homme avait grandi là, dans cette cage, sous ce feuillage, habitué aux caprices de l’humidité, à la pénombre des frondaisons, à l’ombre de la fraîcheur, à la fatalité de sa condition. De cette dernière pourtant, il ne connaissait rien : n’étaient-elles pas magnifiques, ces cavalcades de cerfs que furtivement il devinait passer dans la nuit ? Et ce lapin qui un jour s’approcha de sa main, n’était-il pas un ami de sa situation ? Et ces arbres majestueux qui fixaient son décor, ne lui offraient-ils pas idée de grandeur et sentiment de profondeur ? 

  Oh oui, il vivait l) si bien dans son monde de forêt et de pénombre… Qu’eût-il eu besoin de connaître un autre monde ? Il avait d’ailleurs aménagé son entoure avec tous les soins possibles, et vraiment, il ne manquait de rien : agréablement, il mangeait, faisait quelque fois de l’exercice physique, et s’amusait de construire des mondes avec les reliquats que la forêt lui offrait, au passage de son existence. C’était un être attentif : il connaissait les mille et une odeurs que la forêt pouvait lui apporter, du bois mouillé à la terre humide encore chargée de l’épaisseur des vers de terre, du champignon moisi au parfum si spécifique des feuilles jaunies qui jonchent le sol et s’enivrent de poussière par temps d’été. Vraiment, le monde offrait tant de pâture à ses sens que pas un instant il ne se crut enfermé. Même les barreaux de sa cage étaient pour lui chose normale : après tout, cela avait toujours été là ! Oh, bien sûr il voyait derrière, au loin, et s’en interrogeait, et cela lui donnait même la notion du mystère ! Certains jours, lorsque l’humeur était maussade, il se demandait ce qu’au loin, là-bas, il pouvait y avoir. Dans al pénombre de ces troncs qui à l’infini s’étendaient devant lui, que pouvait-il bien y avoir de plus, après tout, que le champ de merveilles qui se cachaient chez lui, dans son monde à lui ? Il s’était même fait une raison de ces barreaux, qui eux-mêmes s’étendaient jusqu’à n’en plus distinguer la cime. « Le monde est ainsi fait qu’il doit me réserver quelque mystère infranchissable », s’était-il dit. Mais, au vrai, ce type de réflexion ne lui était qu’incidente, et la richesse et la volupté de ses sens était suffisante pour qu’il ne se s’égare pas plus longtemps à ce genre de réflexion, par ailleurs si inutiles…

  Pourtant, la vie n’était pas toujours des plus facile ici, et si le débordement de ses sensations suffisaient à lui offrir de subtiles h-jouissances, leur finesse aggravait parfois lourdement ce qui pour nous n’eût été que petits désagréments. De sorte que sons existence se mouvait entre graves peines et saillances aigües de plaisir. Et de même, que pouvait-il à cela ? Le monde n’était-il pas ainsi fait qu’il dusse endurer les plus lourdes peines pour pouvoir jouir des plus subtils plaisirs, et jouir des plus subtils plaisirs pour souffrir les plus lourdes peines ? L’équilibre n’était pas, mais qui a envie d’équilibre ? Est-ce la cerf qui des nuits durant brame la femelle en attendant de pouvoir un jour se décharger de son désir dans un souffle de vie ? Est-ce l’écureuil qui court après la noisette comme un halluciné accoutumé à sa drogue ? Est-ce cet arbre, qui malgré sa fierté contemplative ne cesse lui aussi de naître et de mourir, et de renaître, et de renaître à chaque printemps ? non vraiment, pourquoi courir là où il n’y a qu’égarement ? Ne valait-il mieux pas –au vrai– jouir de la jouissance et pâtir de la peine, et ne se soucier que de vivre tout cela avec la plus belle des intensité ? Après tout, au vrai, le monde n’était-il pas ainsi fait ?...

  Et notre homme vivait ainsi sa vie, y goûtant même certains plaisirs que nous ne goûterons jamais, y pâtissant même certaines douleurs que nous ne voudrions pas approcher même dans nos rêves les plus lugubres…

  C’était pourtant sans compter sur un événement qui bouleversa sa vie, son monde, son existence. Du jour où cela se produisit, plus rien ne fût comme avant : ni la vie, ni ce monde, ni l’existence. Roule-boulé tout en dedans, il vit là au fond une force jamais aperçue ; ballotté de droite et de gauche au cœur de ses sensations, il sentit là une chaleur qui lui dévoilait un nouveau sens. De nouvelles sensations, si l’on peut dire, mais surtout, un nouveau regard !! Ce qu’il n’avait jamais vu que comme c’était –ou du moins comme il croyait que c’était– eh bien cela n’était plus ainsi ! Ôôôôô, beauté et brillance de la lumière : le monde fût à nouveau, et à lui s’offrait de découvrir un nouveau monde ! C’est que, lorsqu’un nouveau sens intervient, le cœur est épris de passion et se met en joie de découvrir les lueurs qui réchauffent sa splendeur. …Eh quoi ? Mais n’ai-je pas dit déjà ce qui arriva ? Eh bien, s’il faut le dire autrement, il arriva qu’un jour le monde s’éprit de tempête… Et le vent souffla, souffla, souffla tant et plus que les feuillages tremblaient de peur que le vent n’arrache leurs branches et ne brise leur arbre en son entier. Notre homme, tapis dans l’ombre comme à son habitude, regardait par les hauteurs, mi-inquiet mi-ébahit par la puissance de ce vent d’un âge nouveau, et il pouvait même distinguer que parmi les hauteurs les arbres se courbaient tant la force des éléments était grande ! Jamais, ô grand jamais il n’avait vu cela, mais là n’était que le début : soudain, il entendit un bruit si gras et si fort que toute la colonne lui en trembla ! Et là, là alors, ô magie, là se révéla à lui pour la première fois de sa vie la splendeur et la grâce de la lumière des cimes. Il ne vit pas s’écraser lourdement la branche sur le sol, il n’entendit pas le bruit sourd de la terre qui encaisse cette chute, ni la papillement des mille feuilles frétillant dans l’amorti du bois : il ne vit que la lumière qui en son cœur déchira son monde et sa cage. Il ne vit que la beauté radieuse qui jouait avec l’ombre de ses feuilles. Il ne vit qu’un jaillissement déchirant tout son corps et l’évidence de son regard, il ne vit que l’amour et la bonté que cette lumière prodiguait partout tout autour de lui. Et là où le ciel se déchira, là aussi son âme se déchira.

  Alors, bien sûr, rien ne fût plus comme avant. Alors, bien sûr, le monde était bien différent : si différent… Et pourtant si semblable à ce qu’il connaissait auparavant. Et comment cela se pouvait-il ? Comment était-il possible qu’il vit le monde à la fois semblable et différent ? C’est qu’il en avait percé le secret : là où auparavant il ne voyant que du différent il y avait en vrai du semblable, et là où il ne voyait auparavant que du semblable, en vrai il y avait du différent. Son âme, en vérité, avait appris à danser dans le mouvement des choses. Son cœur, en vérité, avait appris à voir le monde comme il étant. Eh quoi ! N’avait-il plus de sens pour jouir et pour pâtir ? …Que non ! Mais alors, lorsqu’il jouissait et pâtissait, au fond de lui-même il sentait la bonté de la lumière qui rirait comme une enfant de ces bagatelles, et lui, tout épris de cette lumière, il sentait qu’il pouvait à présent véritablement se délecter de l’existence.

  Et qu’advint-il de la cage dans laquelle il vivait ? Eh bien, croyez le ou non, elle disparût au moment même où la branche qui se fracassa à terre tomba, comme par un enchantement qui jusque là l’avait empêché de voir que celle-ci n’était que le produit de son monde son illusion, un enchantement qui l’avait empêché de voir que celle-ci n’était que le produit de l’effarement des sensations, lui voilant la réalité qu’aujourd’hui il pouvait contempler à satiété, en doucereux amant de la lumière qui lui chauffait le cœur…

mercredi 15 janvier 2014

Sur les pas du vieux Giono (piste)


C’est nous qu’on était allé voir par là les premiers, vers les collines…

Y’avait là-bas un chic type, du nom de Mesmer ou Messier je sais plus bien. Mais c’est pas grave, c’qui compte c’est à quel point il a pu nous faire vibrer ce type : ce type, on aurait dit l’esprit des collines tu vois, un mec qui comme ça te débraille une brousse enséchée de soleil, et te peinturlure une vie aussi riche et profonde que le goût d’une pêche bien mûrie sous un ciel mâtiné de garrigue.

On allait chez lui le soir, comme ça au hasard, et il était toujours là, occupé à quelque chose et en même temps serein et plein comme les blés en paillasse d’un après-midi de mois d’août. Il était toujours là, plein de son regard d’océan qui te transperce le cœur et l’âme, comme s’il savait déjà que t’allais venir te pointer là, sous ses yeux.

‘Paraît même qu’il avait écrit ce gars là,… Si on avait su ! Quoi… Mais pas trois ou quatre cahiers comme on ferait pour se détendre, non ! Des tonnes et des tonnes de feuilles dans tous les sens que sa petite cousine avait retrouvé dans une vieille armoire de son grenier, là-bas… Nous, on l’voyait qui décortiquait ses noix, qui pressait ses poires pour en faire de l’eau-d’vie, qui r’cousait une de ses chaussettes qu’était trouée, mais tu vois… Si on avait su tout ça on l’aurait pas r’gardé pareil le bonhomme : sûrement qu’c’aurait été moins simple, moins banal, moins évident de l’voir comme ça, et tu veux qu’j’te dise ? On y aurait sûrement grandement perdu…

Parce que ces moments, c’était comme de la limaille qui s’met en place autour d’un aimant : t’arrivais, toi, avec tes miettes d’existence que tu savais plus trop où donner d’la tête, et lui, par la beauté de ses paroles et de ses silences, y te r’mettait de l’ordre dans ton dedans, comme ça, sans que tu t’en rendes compte. Comme si il t’embarquait dans sa magie et que toi sans t’en soucier d’une seconde, tu te dresserais comme le serpent au son d’une flûte, tout renourri d’la bonne force de la teyre.

Et quand on l’quittait, ou du moins quand moi je le quittais parce que j’crois bien que le p’ti cousin avec qui j’allais le visiter lui y prenait rien d’tout ça, quand moi j’le quittais c’était toujours avec cet espace en dedans, une espèce de silence qu’a besoin de rien d’plus que lui pour vivre et qu’est content d’être là. Et j’voyais le p’ti cousin qui verbassait des saucissonnades de conneries pendant qu’on retournait vers chez les parents tandis que moi, retrouvé et calme tout dedans, je respirais le goût du soir et me mariais au tintement des étoiles, tout en m'immisçant goûlument dans les bruissements de nos pas de colline. Et je pensais à la prochaine fois que je le reverrai, un soir où que y’aurait pas école le lendemain, parce que la vraie école, celle où j’apprenais vraiment les choses, ben c’était là qu’elle se passait, dans ces moments passés auprès du vieux de la colline où y’avait que la vie du vivant qui parlait, et pas des saladelles d’on ne sait trop qui qui croit dire la vérité dans sa bouillabesse des gens d’la ville.

Et c’est là, en vrai je crois que c’est là, c’est là que vraiment tout a commencé : un soir de matin de clair de lune.

Le carton de la matérialité


  « Croyais-tu que l’amour, ô être divin, soit le seul apanage de ta condition ? Croyais-tu que l’amour ne s’écoule en doux nectar depuis la source, que pour ceux à qui cette source n’était pas voilée sous le carton de la matérialité ? 

  Mais alors, comment aurions-nous pu vivre, comment aurions-nous pu être ? Tu voulais que toi seul soit le témoin de la beauté ? Tu voulais que la transparence de la voie lactée n’appartienne qu’à ceux qui ont des yeux pour voir ? Eh voyons, c’était là ne pas voir que cette transparence n’est que la sensation d’une idée, et que cette sensation nous pouvons -nous, êtres humains-, la retrouver partout où il y a d’autres idées, c’est-à-dire, mon bon, partout ; partout, mon bon. »

« Et VOIS ! L’univers s’illumine de mille couleurs !... Les oiseaux volent et chantent et, à cœur, nous nous enivrons de leur candeur. »

  « ...Tu croyais peut-être que nous sommes d’éternels aveugles, parce que nous n’avons pas les yeux pour voir la Source, mais mon dieu, nous avons une âme après avoir un corps, et même si longtemps nous oublions de regarder avec ses yeux à elle, nous ne cessons pourtant jamais de regarder la voie lactée avec ses yeux à elle : sinon, qui nous dirait qu’elle est belle ? 

…L’œil ?, ce morceau de carton ? »

vendredi 16 janvier 2009

Just feel the wave...

Ô grandeur et beauté... celles qui se nomment sont moindres que celles que l'on rencontre : l'amie motée voulait se faire identifier, la vie bottée parcourut la forêt qu'elle cachait...


Et en revenant, elle dit : ... .

...Non. Elle ne dit rien.


Elle souffla fort autour d'elle, que se répande la grandeur du monde déployé en elle, au-delà même des gestes, au-delà même des mots, au-delààà...



Au-delà même d'elle-même.




C'est comme ça que l'on avance.








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